ELECTIONS…

Les misérables.

L’OBS, 8 mai 2017

Elisabeth Roudinesco

Enfin la vie des gens ! La question sociale a fait irruption dans cette campagne après avoir été trop recouverte par les discours des économistes qui n’ont cessé d’envahir l’espace public avec leurs courbes d’inversion sans se soucier de la vie réelle des gens, celle racontée par Victor Hugo dans Les misérables : souffrances quotidiennes, perte de la dignité physique ou psychique, aggravation des angoisses liées à l’horreur économique qu’est le capitalisme fou. On peut  reconnaître à Jean-Luc Mélenchon de s’en être fait, avec succès, le porte-parole. Mais quelle déception devant tant de contorsions égocentriques ! Quelle erreur politique que ce fanatisme de l’abstention !

Bien que la vie soit meilleure en France que partout ailleurs, la peur justifiée d’une dégradation de tous les acquis sociaux est venue rappeler combien le populisme s’en nourrit. La colère ouvrière porte désormais un nom, Whirlpool, site intégré à une immense corporation dirigée par un homme d’affaires vivant dans le Michigan et bientôt délocalisé en Pologne où seront exploités des Ukrainiens beaucoup plus pauvres que les travailleurs français. Telle est la vraie réalité de cette vie réelle reprise en boucle sur toutes les chaines de télévision et commentée aussitôt par un « expert », Jacques Attali, qui aurait mieux fait de se taire : « Une anecdote, a-t-il dit qui s’inscrit dans le contexte plus large de la mondialisation » (LCI, 26 avril). Quel aveu de mépris !

Dans la même perspective, je retiendrai les propos d’Alain Finkielkraut dans l’émission « L’esprit de l’escalier » (30 avril), animée sur RCJ par Elisabeth Lévy. Terrorisé par la crainte fantasmatique de perdre tous ses repères – son école, sa rue, ses ploucs (sic), ses bourgeois – il a d’un coup accusé Emmanuel Macron de toutes sortes de vilenies mondialisées non sans avoir affirmé qu’il voterait pour ce candidat honni. Faisant allusion à la visite de celui-ci au Mémorial de la Shoah il a explosé : « C’est le fils de déporté qui hurle en moi. On ne peut pas faire de l’extermination des Juifs un argument de campagne. »  On savait que la phobie du progressisme avait fait son chemin dans les discours hallucinés de notre Académicien mais cette fois-ci les lignes rouges ont été franchies au point que la directrice de RCJ, Paule Henriette Lévy, s’est désolidarisée de ces propos. Après le mépris, voilà l’obscénité.

Comment ne pas voir dans ces errances verbales le symptôme propre à une génération de polémistes, dont les uns haïssent le peuple au nom d’un avenir radieux et les autres rejettent l’avenir au nom d’un repli identitaire. En ce sens, Emmanuel Macron est en rupture avec ces discours et il faut s’en féliciter.

Mais je n’oublie pas que des millions de Français ont voté pour le Front national, un parti qui porte en lui les stigmates de l’histoire la plus sombre que la France ait connu : Vichy. Ils ont voté contre eux-mêmes. Et c’est pourquoi le vrai combat commence, d’abord celui des législatives et très vite celui en faveur d’une Europe plus sociale.

Article du numéro spécial de l’OBS. Pour des raisons de bouclage il a été rédigé avant les résultats du deuxième tour et il porte sur la campagne électorale de l’entre-deux tours.

 

Le bonheur individuel,

Rédigé le dimanche 23 juste après le résultat.  

Elisabeth Roudinesco

Certes je me réjouis de cette victoire d’Emmanuel Macron qui est, de justesse, en tête de cette élection pas comme les autres mais  très représentative de notre époque si troublée : terrorisme, capitalisme fou, président américain égaré en mer de Chine, etc. Mais je ne peux accepter comme un fait acquis la présence au deuxième tour de cette présidentielle, du Front national, qui incarne tout ce que la France a de plus détestable : xénophobie, racisme,  nationalisme, héritage de Vichy, etc. J’aurais préféré  un duel entre deux représentants des vrais partis républicains.

Si l’élimination de Marine Le Pen n’a pas été possible, cela tient d’une part à l’instauration des primaires, machine à diviser l’unité des partis au nom de leur prétendue démocratisation interne, et de l’autre, aux choix qui en résultent. François Fillon aura été le pire candidat pour la droite en incarnant les valeurs d’une France passéiste,  repliée sur un catholicisme d’un autre âge, entre « nos ancêtres les Gaulois »  façon Alain de Benoist et « Y-a-bon Banania » modèle Zemmour.

La gauche de gouvernement, elle, a été mise en déroute bien avant cette campagne, dès lors qu’un premier ministre en exercice, Manuel Valls, a osé dire que les deux gauches étaient irréconciliables et qui a eu pour obsession de transformer le beau combat pour la laïcité  en une croisade contre le burkini.  En conséquence, Benoît Hamon, malgré une campagne digne, s’est trouvé dans l’incapacité de réunir ce qui était déjà divisé.

Quant à Jean-Luc Mélenchon, tribun à l’ancienne, il a sans doute redonné une dignité à un peuple de gauche désemparé mais il n’a pas  produit un programme susceptible de rassembler quoi que ce soit.  Et voilà que maintenant – grande crise caractérielle –  il refuse de soutenir clairement le vainqueur de ce scrutin, Emmanuel Macron, candidat du bonheur individuel, qui n’a ni parti, ni majorité, mais qui a réussi un véritable tour de force : faire barrage au pire dans un conjoncture de déploration, de Burn out et de fascisme rampant.

Publié dans le nouvel Obs n° 2738-27/04/2017

 

ECHO…

Chers amis

Je profite du petit texte d’Élisabeth Roudinesco, à propos du « Bonheur individuel » pour affirmer que nous ne sommes pas seulement face à un « fascisme rampant ». L’heure est grave et nous avons à faire front face au Front National. Ne pas voter Emmanuel Macron pour le second tour (haut et fort !) c’est détruire l’idée même de République et refuser la démocratie.

Le risque est bien là de la fascisation de la France à partir de slogans racistes, haineux avec des tiers exclus et un isolationnisme anachronique…

À quoi tient cette deshistorisation de notre société ? Haro ! … sur le langage jésuitique et stalinien !

Jean-Richard Freymann

27/04/2017

 

 

 

Appel des psychanalystes contre Marine Le Pen, proposé par l’Ecole de la Cause Freudienne

Chers membres,

À la demande de Christiane Alberti, présidente de l’École de la Cause Freudienne, nous faisons circuler l’Appel des psychanalystes et l’article paru dans Le Monde du mardi 21 mars 2017 intitulé « La psychanalyse, c’est l’envers du discours du FN ».

Après échange avec le Dr Daniel Lemler, Président du Groupement des Études de Psychanalyse et le Pr Michel Patris, Président de l’École Psychanalytique de Strasbourg, nous avons fait le choix de laisser à chaque membre la possibilité de se positionner par rapport à cette initiative.

Dr Jean-Richard Freymann

Président de la FEDEPSY

Directeur de l’E.P.S.

APPEL 13 MARS

Le Monde 21.03.2017

Séminaire du vendredi

La subversion de la clinique psychanalytique aujourd’hui

L’inconscient, pour quoi faire ?

Séminaire de Jean-Richard Freymann

DEBUT le 20/01/2017

Ce séminaire se déroule à la Clinique Ste Barbe 29 Faubourg National Strasbourg ou à l’amphi de la Clinique Psychiatrique CHRU Strasbourg (notamment le séminaire du 24/02/ et celui du 30/06/2017

Dates à retenir :

  • 10/02/ et 24/02/2017
  • 10/03/ et 31/03/2017
  • 05/05/ et 19/05/2017
  • 09/06/ et 30/06/2017 (attention cette dernière date a été modifiée, séance initialement prévue le 23/06/2017 et RV à la clinique psychiatrique aux HUS)

SV 2017 PROGRAMME