CHARTE CONSTITUTIVE DE L’ECOLE PSYCHANALYTIQUE DE STRASBOURG
(E.P.S)

I – Principes généraux

A. Introduction

La création de l’E.P.S. correspond d’une part, à l’aboutissement de l’expérience strasbourgeoise de la formation à la psychanalyse et, d’autre part, à un nouveau mode d’institutionnalisation pour promouvoir le professionnalisme du psychanalyste et donner les moyens à la formation du psychanalyste, tout en tenant compte de la dimension thérapeutique de la psychanalyse.
La naissance de l’E.P.S. s’inscrit dans la mise en place de la F.E.D.E.P.S.Y. telle qu’elle est proposée dans le texte de J.R. Freymann intitulé :
— Lettre ouverte aux membres de PEI : « De la nécessité de créer une Fédération et une Ecole de Psychanalyse à partir de Strasbourg »
et précisée dans les textes :
— Projet de Charte Fédérative pour la Fédération Européenne de Psychanalyse et l’Ecole Psychanalytique de Strasbourg.
— Projet de Fonctionnement de la Fédération Européenne de Psychanalyse et de l’Ecole Psychanalytique de Strasbourg.
— Projet de statuts de la F.E.D.E.P.S.Y.
— Projet 2 Charte fondatrice (Synthèse du Prof. Michel Patris).

B. Historique abrégé

1. Genèse freudo-lacanienne
a) L’invention de la psychanalyse par S. Freud consiste d’une part, dans la reconnaissance d’un discours autre que le discours intentionnel, le discours inconscient et de l’autre dans l’aptitude du psychanalyste à entendre le désir inconscient véhiculé par ce discours. Ainsi l’apprentissage à la pratique de la psychanalyse ne consiste-t-il pas en la mémorisation d’une technique toute faite. C’est pourquoi la praxis analytique s’appuie avant tout sur une analyse personnelle suffisamment approfondie, non seulement pour analyser les symptômes mais surtout pour reconnaître les processus inconscients et les ressorts du transfert.
Dans la doctrine freudienne, la nature du transfert analytique s’est au fur et à mesure précisée dans ses volets thérapeutiques, mais aussi dans ses différenciations avec les différentes formes de transfert hypnotique.

Dans la cure analytique, le transfert apparaît comme un moyen (par le biais de l’analyse du transfert) pour l’émergence de la vérité du sujet et non comme un lien à maintenir dans la visée d’une influence, comme c’est le cas dans toutes les techniques issues de la suggestion hypnotique. Il n’en demeure pas moins que l’importance de l’aspect thérapeutique est présent dans toute l’évolution de la doctrine freudienne et que dès lors, former à la pratique de l’analyse, c’est aussi ouvrir à la dimension psychothérapeutique de manière quelque peu avertie.

En effet « qui peut le plus, peut le moins » mais a contrario, celui qui peut le moins ne peut pas forcément le plus. Cette formulation a l’avantage de souligner la spécificité de la psychanalyse et de reconnaître que si la visée de la cure analytique est la quête des arêtes subjectives de la singularité — fantasme et désir inconscient, repérage du sujet par rapport au Moi… des mécanismes de la curiosité, développement de la mesure des limites par rapport au réel — l’analyse du transfert qui passe par le retour à la dimension infantile cerne néanmoins la place de la demande de guérison, les fondements du soin et la fonction du thérapeutique.

Ainsi, depuis Freud, l’analyse des fonctions thérapeutiques du colloque singulier est omniprésente même si les visées de la psychanalyse — à chaque fois singulières — ne sauraient se confondre avec des finalités d’adaptationnisme ou d’adhérence au discours dominant.
C’est dans ce but, et pour préciser les paramètres de la formation des analystes que Freud a délégué à S. Ferenczi le soin de mettre en place l’Internationale de Psychanalyse qui existe toujours. Cette institutionnalisation a réglementé la formation du psychanalyste autour de :
— la psychanalyse didactique (différenciée de la psychanalyse thérapeutique),
— le contrôle ou supervision ou l’élève relate ses premières cures,
— les enseignements systématiques de théories cliniques, historiques et sur la pratique.

Ce triptyque formateur s’inscrit dans un cursus préétabli et est sanctionné par des examens et travaux écrits.
b) Les conceptions de Jacques Lacan quant à la formation de l’analyste se sont inscrites en faux par rapport à cette codification et au ravalement de la cure analytique à une technique référée à des standards. Son « excommunication » de l’IPA reposait bel et bien sur les normes techniques et il n’a cessé, tout au long de son enseignement, de penser la formation de l’analyste en regard du champ analytique lui-même comme responsabilité prise par chacun au niveau de sa formation et de sa pratique.

Après avoir opéré le « retour à Freud », J. Lacan innove : le transfert ne se limite pas à la dynamique de l’amour de transfert mais se déploie autour d’une instance symbolique : le sujet-supposé-savoir que la cure a pour but de dénouer.

La relation à l’Autre (lieu des opérations du langage) ne saurait se confondre avec la relation d’objet et la cure analytique est une opération constitutrice du sujet dans l’Autre où l’inconscient n’apparaît pas comme déjà purement constitué.

Aussi, l’invention lacanienne se déploie autour des trois dimensions Réel, Symbolique, Imaginaire qui permettent un abord autre de la réalité psychique, du fantasme, du symptôme.

Les nouveautés quant aux abords de la formation de l’analyste, implicites dès l’Acte de Fondation de l’E.F.P. en 1964, sont énoncées dans la Proposition d’Octobre 1967 avec ce principe : « Le psychanalyste ne s’autorise que de lui-même », complété par la suite « …et de quelques autres », soulignant la référence à la dimension des pairs. Sorti de son contexte, ce principe lacanien a produit bien des malentendus, voire des abus liés à une interprétation erronée de ce « lui-même ».

Dans son école, il va d’ailleurs proposer une catégorisation de ses membres : les analystes-praticiens, ceux qui se sont autorisés, les AME (Analystes membres de l’Ecole) désignés par l’Ecole et les Analystes de l’Ecole (AE), tout d’abord désignés par Lacan puis issus de la procédure de la « passe ».

En effet pour parer aux effets de hiérarchie et pour aborder la question du devenir analyste, Lacan propose une procédure où le « passant » s’adresse à deux passeurs qui restituent le discours à un jury, qui statue sur le passage (ou non). Cette procédure se réfère aussi à la différenciation des discours (discours de l’analytiste, du Maître, de l’Université, hystérique…).
Lacan attendait beaucoup de la communauté des A.E. (société de Maîtres) dans ce qui aurait pu se conceptualiser du devenir analyste. Mais peu de choses ont fait portée, hormis la théorie de Lacan sur la fin d’analyse et ce d’autant plus, qu’il a affirmé « c’est un échec cette passe » (Deauville) .

La passe a pourtant permis de ne pas prendre pour référence un « minimum commun » pour la formation de l’analyste, mais le maximum exigible en regard du discours analytique. De plus Lacan offre une théorisation nouvelle, celle du « passeur » où s’animent les articulations entre le désir inconscient et le désir de l’Autre.
Autrement dit, le désir inconscient ne peut que se signifier par l’Autre et c’est l’offre d’écoute qui provoque l’animation du discours. Et c’est de cette place qu’un discours peut passer d’une fonction à l’autre.
L’effet de rencontre que pouvait provoquer celle du passant au passeur s’appuie sur un transfert bien énigmatique : une rencontre limitée dans le temps, un interlocuteur (le passeur) qui lui-même est dans le devenir analyste, un lien éphémère qui n’est pas de l’ordre de la confidence ordinaire et qui peut-être lu comme une forme de compagnonnage temporaire. Cette position de passeur (dans un sens plus large) peut constituer un des fondements de la fonction d’analyste-compagnon, tel qu’il apparaît dans le projet de l’E.P.S., si l’expérience confirme le bien-fondé de cette assimilation.

c) Avec la dissolution de l’E.F.P. en 1980 et la disparition de Lacan en 1981, apparaît, dans le mouvement lacanien, un nouveau paysage institutionnel pour lequel il faut se référer à des ouvrages bien documentés .

Nous n’en retiendrons que quelques éléments qui impliquent la formation des analystes.
— La plupart des Ecoles issues de l’E.F.P. ont soit répété la Proposition d’octobre en ce qui concernait la formation des analystes, en continuant la procédure de la passe, où ont aménage ces dernières approches sans le plus souvent s’ouvrir à la critique extérieure, ce qui ne vient en rien permettre une lisibilité par rapport au social.
— Nombre d’institutions analytiques, ou de groupes se sont constitués autour d’anciens analystes de l’E.F.P. et quelles que soient les avancées internes quant à la formation à l’analyse, aucun ensemble fédérateur ne permet d’en renouveler les enjeux et d’ouvrir à une adresse aux nouvelles générations.

2. L’expérience strasbourgeoise

La tradition analytique strasbourgeoise est fort ancienne et articulée dans son devenir aux Universités, en particulier par rapport à la psychiatrie et la psychologie .

A Strasbourg se sont succédés nombre d’analystes didacticiens : Juliette Favez-Boutonnier, Didier Anzieu, le Prof. Kammerer, le Prof. Israël, Mustapha Safouan et l’on peut affirmer que les modalités de formation à l’analyse se sont produites, tout en traversant les méandres institutionnels, de manière particulière.
Les patrons de la clinique psychiatrique, quelle qu’ait été leur orientation, ont pris en considération la place de la psychanalyse.
A Strasbourg, la formation de l’analyste fonctionnait avec un compagnonnage de fait, à côté de la psychanalyse dite personnelle : supervisions, analyses de contrôle, cours, présentation de malades, séminaires de lecture de textes. Le débutant et même le confirmé se retrouvant en compagnonnage avec un Maître, ou plusieurs. Cela a été possible et s’est radicalisé sous la direction du Prof. Kammerer qui a permis que les différents courants psychiatriques se développent. C’est ainsi que le Prof. Israël a pu ouvrir la psychanalyse, à nombre de générations « psy », actuellement réparties dans l’ensemble de l’Europe.
Dans ce fonctionnement strasbourgeois, la trame de la formation à l’analyse apparaissait de manière nette : la cure analytique qui ne se suffit pas de l’analyse du symptôme, des supervisions qui évoluent vers une analyse de contrôle (autrement dit, qui prend le relais de la cure à partir de la praxis) et une forme de compagnonnage, à la fois à la carte et qui se déployait autour de quelques Maîtres ou analystes expérimentés.

Ainsi en filigrane apparaissait un triptyque issu de l’enseignement de Lacan repris et développé par Mustapha Safouan. L’analyse didactique a comme exigence d’être poussée au plus loin par rapport à l’abord du désir du psychanalyste ; l’analyse de contrôle est mise à l’épreuve du désir de l’analyste en exercice alors que le lien social entre analystes se pose à partir de l’idée de « Société de Maîtres », chère à Lacan.

Pour l’Est de la France, la dissolution de l’E.F.P. a été révélatrice de bien des spécificités et de structures de travail autour de l’analyse qui traversait les périodes institutionnelles pour peu que certaines initiatives individuelles maintiennent le fil.
C’est ainsi que Lucien Israël, Mustapha Safouan, Marcel Ritter, Jean-Pierre Bauer, malgré l’acceptation de participer au Conseil de la Cause Freudienne pour les uns, au Directoire pour les autres, ont dû se rendre à l’évidence : les enjeux de pouvoir prenaient le pas sur la psychanalyse. Ce moment a marqué une nouvelle étape de la prise de position strasbourgeoise et a eu nombre de conséquences sur la situation actuelle.

M. Ritter, J.P. Bauer et J.R. Freymann autour du thème « Désir et fantasme » ont maintenu un « lien constituant » pour l’analyse pour les différentes générations d’analystes et d’analysants.
Par la suite, ils ont contribué à la rédaction du texte de la Déclaration de la Convention Psychanalytique, nombre d’ingrédients de la formation à l’analyse sur le modèle strasbourgeois condensant bien les principes freudiens et lacaniens de la formation de l’analyste.

De fait, l’expérience de la C.P., si elle a animé bien des enthousiasmes au départ, s’est appauvrie dès que la conflictualité entre les Maîtres a provoqué leur désinvestissement de l’institution. La C.P. est actuellement dissoute.
Mais pendant toute l’expérience de la C.P., les structures strasbourgeoises ont continué à se développer (Apertura, B.R.F.L., contacts avec l’Université…) poursuivant leur tradition dans une forme d’ouverture à toutes les générations d’analystes. La multiplicité des différentes activités (séminaires, publications, formation) et parallèlement la disparition de la Convention Psychanalytique, ont rendu nécessaire la mise en place de lieux analytiques, c’est ainsi que sont nés Intersection, les Espaces analytiques d’Intersection puis, Psychanalyse en Intersection. Le point commun autour de ces différentes expériences « formatrices », c’est l’idée de débats autour du discours analytique à partir d’une parole qui s’autorise de sa singularité. De plus, les rencontres ont été au départ ponctuelles puis régulières et ont abouti à la constitution de l’Agora de P.E.I. à l’intérieur même de la B.R.F.L.

Posée sur une administration déjà existante, la logique de l’Agora consiste à pouvoir se consacrer à la circulation de la parole, sans souci de hiérarchie ou de grade. Les débats pouvant s’animer autour de points de la pratique, de la théorie ou sur le rapport de la psychanalyse aux sciences affines.

Pour l’entrée au sein de l’Agora, il a été choisi le mode du témoignage direct, autrement dit, celui qui se risque prépare cette exposition avec un des membres de l’Agora.

La forme du témoignage s’est faite essentiellement sur le rapport de sa pratique avec l’analyse personnelle, cela n’excluant donc nullement les membres non analystes.

II – Le projet de l’E.P.S.

A) Les motivations

L’E.P.S. reprend, dans ses principes, ce qui a pu s’élaborer pendant 15 années au sein de la Bibliothèque de Recherche Freudienne et Lacanienne et, en particulier, dans le département dit Psychanalyse en Intersection, du côté de la formation de l’analyste et des initiations à l’utilisation de l’outil psychanalytique.

Le contexte socio-politique nécessite aujourd’hui de rendre lisible et transmissible l’expérience strasbourgeoise de formation qui a intéressé plusieurs générations de psychanalystes.

La formation à la psychanalyse apparaît comme une des seules garanties pour la formation à la psychothérapie puisque interrogeant le « psy » sur ses propres mécanismes inconscients.

L’E.P.S. tient compte de la complexité de la formation de l’analyste et propose deux nouveaux modes d’abord pour ses structures et pour son fonctionnement :
• Le compagnonnage dans la champ analytique.
• Les échanges et élaborations en « Agora ».

B) Les deux grands principes

1. Le compagnonnage

La formation du psychanalyste s’appuie sur l’analyse personnelle, avec une issue didactique, les supervisions (en analyse de contrôle) et les cartels (structure inventée par J. Lacan de 3 à 5 personnes plus une (…… (+ 1) ). Ce qui est proposé à l’intérieur de l’E.P.S. c’est de permettre à un postulant-analyste de se référer à deux analystes-compagnons, pour suivre sur une certaine durée son rapport à la pratique, à la théorie en élaborant avec lui sa dialectique propre théorie-pratique.

Ce compagnonnage débute sur un premier témoignage direct, préparé avec un analyste-compagnon à l’intérieur d’une agora régionale.

A partir de là débute une autre forme de compagnonnage qui est à inventer en fonction des interrogations théoriques du postulant et eu égard aux difficultés de sa pratique. La présence de deux analystes-compagnons (soumis à la confidentialité) permet une grande diversification des compagnonnages. Il reviendra à l’Agora des A.C. (cf. plus loin) d’individualiser ce compagnonnage à son abord, de débattre de son devenir et de tirer enseignement de sa diachronie.

Le second témoignage à l’issue de la démarche compagnonne a valeur d’ouvrage de compagnon, son moment est décidé par le postulant, en accord avec ses A.C. A l’issue de cet ouvrage compagnon et si l’Agora à laquelle il est adressé le considère comme recevable, ouvrant à des débats et publiable, le postulant devient Membre de l’Agora (M.A.). Mais, cette seconde étape n’est pas confondue avec la possibilité de devenir analyste-compagnon (A.C.) et donc de fonctionner dans l’Agora seconde des analystes-compagnons.

Les modalités d’entrée dans l’Agora seconde des A.C., qui constituent un autre mode de compagnonnage à interroger par rapport à la fonction du passeur (chez J. Lacan), sont à définir par l’Agora elle-même à partir de l’expérience. Quoi qu’il en soit, un nouveau « temps pour comprendre » est nécessaire entre l’accession au statut de M.A. et à celui d’A.C.

Les exceptions qui confirment la règle sont les suivantes : si pour un analyste expérimenté, l’entrée à l’Agora de Strasbourg (qui reste coordinatrice de toutes les autres) correspond aussi à la création d’une nouvelle agora régionale ou d’y être associé directement. Autre exception : les analystes qui ont été didacticiens de fait, ayant leurs propres séminaires d’enseignements et qui adhèrent à la charte constitutive de la F.E.D.E.P.S.Y.
En cas de litige au sein de l’Agora seconde des A.C., c’est le bureau de l’E.P.S. qui tranche.

2. L’Agora

L’idée d’Agora se réfère explicitement à la démocratie athénienne : chaque citoyen (et tout habitant d’Athènes n’étant pas citoyen) a droit à la parole pour les échanges et pour les décisions). Pour le champ analytique, l’analogie peut être parlante : que ceux qui se sont autorisés à parler en leur nom et en regard de leur subjectivité puissent participer à un lieu dépourvu d’administration, de hiérarchie et d’effets groupaux.

Même s’il s’agit là d’un idéal à atteindre, l’expérience a prouvé qu’il est possible d’instaurer des espaces de paroles où est mise en défaut la psychologie groupale ou collective qui suture l’Idéal du Moi et l’objet de désir.

Mais aussi, la structure de l’Agora apparaît comme le nouage de différents cartels, unité de travail définie par Lacan à partir de la fonction du (+1), de l’instance tierce qui ne saurait être occupée par une personne (à cet endroit, le soutien délicat de cette dimension d’un + 1 non concrétisé (cela reviendrait au leader) est de l’ordre de la spécificité de l’éthique de la psychanalyse.

On comprendra dès lors que la création d’une nouvelle Agora se fera à partir d’un cartel fondateur, au fait de cette dialectique, et qui pourra s’adjoindre les membres par le biais d’un témoignage direct sur le rapport à l’analyse : de nouveaux membres, mais cette cooptation pourra aussi se faire dans l’ensemble d’un cartel pour peu que le témoignage reste individuel.

La constitution de l’Agora ne peut se faire que progressivement en tenant compte des difficultés propres à la région et d’un nouveau mode d’institutionnalisation qui tranche avec les fonctionnements institutionnels habituels.

Si les antécédents institutionnels ne sont pas déterminants, voire l’appartenance à une autre association, la logique de l’Agora a bien du mal à intégrer l’ensemble d’un groupe constitué. C’est la raison pour laquelle toute constitution d’une nouvelle Agora régionale doit être parallèle à la fonction d’un Bureau régional du Groupement d’Etude de la Psychanalyse (G.E.P.). En effet, le Bureau régional est la courroie de transmission par rapport à la F.E.D.E.P.S.Y. et le lieu d’enregistrement et de développement des activités autour de la psychanalyse. L’adhésion peut y être massive et cela permet de respecter la logique progressive de l’Agora.

3. Le fonctionnement

En ce qui concerne l’Agora fondatrice de Strasbourg, elle va, pour une large part, être la translation de l’Agora de P.E.I. de la B.R.F.L. Pourtant, individuellement, ce passage ne sera pas automatique, mais chacun pourra y adhérer en regard de la charte constitutive et des principes de l’E.P.S. qui entérinera cette inscription ou la temporisera. L’entrée dans l’Agora de Strasbourg de l’E.P.S. donne le statut de Membre de l’Agora (M.A.).

Les difficultés qui risquent de surgir au sein de l’Agora fondatrice concernent la multiplicité des membres au sein de la même Agora. Mais plutôt que d’en changer artificiellement le fonctionnement, ce n’est qu’après un an d’existence que l’Agora pourra se diviser mais sur un mode décidé par l’Agora elle-même.

Il existe donc plusieurs types d’Agoras :

a) L’Agora de Strasbourg qui est fondatrice et coordinatrice de l’ensemble des Agoras régionales. L’entrée dans l’Agora et donc dans l’Ecole de Psychanalyse de Strasbourg se fait par un témoignage direct de son rapport à l’inconscient et à la psychanalyse, préparé avec un analyste-compagnon. Une fois introduit dans l’Agora, le candidat devient M.A. et membre de l’E.P.S.

Comme postulant au compagnonnage, l’entrée se fait obligatoirement (dans un premier temps) par l’Agora de Strasbourg par le biais de deux A.C. (cf. ci-dessus). L’Agora de Strasbourg se réunit au moins deux fois dans l’année.

b) L’Agora des analystes-compagnons
Elle est constituée par l’ensemble des analystes-compagnons des différentes agoras (de Strasbourg et régionale). La première liste des A.C. est produite par le Bureau de l’E.P.S. constitué par le Président, le Directeur et le Secrétaire. Les fonctions de l’analyste-compagnon seront précisées dans un règlement intérieur, ainsi que l’Agora des A.C., après une année de fonctionnement. S’agissant d’une fonction institutionnelle, elle se dessinera dans l’expérience et le fonctionnement.

Mais, nous pouvons d’ores et déjà poser les données suivantes :

• C’est l’Agora des A.C. qui constituera une référence analytique majeure puisqu’elle aura à soutenir l’individualisation du compagnonnage, tirer expérience des échecs et des succès et produire des travaux théoriques qui orienteront le destin de la F.E.D.E.P.S.Y.

• La liste des A.C. ne peut être confondue avec une liste d’analystes didacticiens puisqu’elle s’étaye sur une autre fonction. Dans la première liste n’ont été proposés, à ce titre, que ceux qui ont participé à l’élaboration du projet. Elle sera réactualisée tous les deux ans.

• Les premières définitions de l’A.C. se font de manière négative : il n’est pas l’analyste du postulant, il n’est pas le contrôleur… Ses fonctions sont à inventer par rapport à chaque postulant.

• Le mode de choix ou de désignation d’un A.C. n’est en rien arrêté : s’agit-il du choix du postulant ? de la désignation de l’Agora des A.C. ? d’un tirage au sort ? ou d’un mixage de ces possibilités ?
Ces questions seront débattues dès la 1e Agora des A.C. Aucune candidature ne sera acceptée avant cette rencontre.

c) Les Agoras régionales

Plusieurs Agoras régionales vont apparaître (Sud-Ouest, Angers – Marseille – Grenoble – Luxembourg). Elles se constitueront à leur propre rythme (cf. ci-dessus).

III – Les enseignements de l’E.P.S.

La diversité des enseignements qui sont proposés, que ce soit dans le G.E.P., à l’université ou dans la cité, permet au postulant de trouver bien des informations sur la psychanalyse ou sur les sciences dites affines, nécessaires à sa formation.

Ces dernières années, grâce au Prof. Patris, ont pu être mises en place nombre d’activités analytiques au sein de l’Université Louis Pasteur.

Aujourd’hui, en regard de la démarche de compagnonnage, le rapport à l’enseignement s’y trouve questionnant et questionné.
La question est radicale et conflictuelle et peut-être signifiée par l’interrogation de Lacan : « Ce que la psychanalyse nous enseigne, comment l’enseigner ? » (Ecrits ).

Pour l’E.P.S., la question s’y retrouve radicalisée et ce d’autant plus qu’à chaque temps de la formation de l’analyse, le rapport à l’enseignement se trouve modifié.

De quelle place et à quel moment un psychanalyste s’autorise-t-il à enseigner par rapport au champ analytique ?

Pour avancer dans ces interrogations, le postulant pourra se référer aux analystes-compagnons et à la Commission des Enseignements qui seront chargés de proposer, chaque année, une liste des enseignements pour les postulants qui sont à même de s’inscrire dans une formation à l’analyse.

C’est avec les A.C. que chaque année le postulant choisira les enseignements qu’il veut suivre, voire les séminaires qu’il voudra soutenir.

Strasbourg, le 18 octobre 2000