ÉDITORIAL

Jean-Richard Freymann

Président de la FEDEPSY 

22 octobre 2020

Quand il n’y a plus de civilisation

– Où est passé le mot d’esprit ? –

 

Nous avons à présent dépassé les « Malaises dans la civilisation » et je n’ai pas dit « Malaises dans la culture ».

L’ère n’est pas seulement dans l’épidémie mais nous venons de dépasser les limites de l’horreur : on décapite Samuel Paty, un humain, un enseignant, un citoyen, un participant aux efforts de reconquête de l’humanisation. On va plus loin que les peuples dits primitifs chez Freud qui se référait à Frazer… Même les cannibales n’arrachent pas l’humanité sans rituels et sans totems.

Tout cela a été dit avec une attente miraculeuse du politique qui jamais n’avance ni se résoud.

L’heure est aussi pour le psychanalyste de jouer son rôle face à la « désociétisation ».

« Pourquoi la guerre ? » s’évertuait Einstein après avoir inventé la bombe atomique … L’institut psychanalytique de Berlin est devenu un institut de psychothérapie, dirigé par le neveu de Goering…  Combien d’années d’emprisonnement pour Nelson Mandela pour pouvoir venir sur la scène ?…

La liste des ouvertures créatrices qui ont été payées par des massacres, la Shoah, par des génocides serait fort longue.

Et où sont passés les psychanalystes ? Souvent dans une guerre intime ou dans quelque institution. Et aujourd’hui peut-être peut-on inverser les propos de Freud quant aux métiers impossibles : gouverner, éduquer, psychanalyser, soigner… et vous pouvez en rajouter.

On a perdu en cette nouvelle ère la dimension de la « FORT MASSE ON » – de la  Formation. À savoir on a réussi à créer dans la République un culte de la médiocrité, ou pire de la « moyenneté », du « tiédisme ».

– Qui aujourd’hui a une formation politique ?

– Où sont passés les enseignants pionniers ?

– Qui ose parler de différents niveaux de pédagogie ?

– De plus on utilise le plus souvent la psychanalyse comme une technique et non pas comme « Techné », un art : une affaire de sujet, de Ichspaltung.

Les analystes ont une solution, elle s’appelle individualisation, singularisation, particularisation… et, au passage, Freud nous a appris à travailler avec les pulsions de mort, ce qui est autre chose que l’assassinat, le meurtre, les règlements de compte, le massacre.

Que dit l’éthique de l’inconscient ? Apprends à faire avec ta haine pour créer de nouveaux mots !

La question qui reste à traiter, malgré les horreurs, est comment enseigner la capacité au mot d’esprit et à la caricature… Et face à ce nouvel effroi sanglant, aucun deuil n’est possible.

– Osons la mélancolie de Dürer –

 

Indication bibliographique : « Freud s’amuse » in Charlie Hebdo – Caricature mode d’emploi, HS n°20H, nov-dec 2019 – janv 2020 (p.54)

 

Après échanges entre Jean-Richard Freymann, Frank Hausser et le Président de l’Université de Strasbourg, nous avons convenu de publier ici le texte adressé à tous les personnels de l’Université le 20 octobre 2020.

 

«  Chers étudiants, chères et chers collègues,

De nombreux rassemblements ont réuni des milliers d’entre nous, et des minutes de silence ont été organisées en de nombreux endroits du campus universitaire hier lundi. Au lieu de provoquer un début de résilience, ils ont, au contraire, encore fait monter la colère à mesure que des témoignages d’enseignants venaient briser le silence sur une réalité sourde qui, en certains endroits, est en train de saper les fondements de l’école de la République. L’horreur que nous a inspiré l’acte barbare de l’assassinat de Samuel Paty dévoile le profond malaise qui se vit dans trop de classes de nos écoles. Il nous faut aujourd’hui prendre conscience de ce que signifie cet assassinat.

C’est qu’on s’en est pris à un professeur d’histoire et de géographie dans un établissement scolaire de la République. Des parents d’élève et un prédicateur fondamentaliste ont prononcé une « fatwa » contre un professeur accusé d’insulter une religion. Cet « attentat islamiste caractérisé », selon les termes du président de la République, revêt l’horrible dimension d’une violence symbolique contre les valeurs qui fondent la France. Les commanditaires n’en sont pas une organisation terroriste extérieure, mais vivent au cœur même de notre pays.

La décapitation est une exécution ; elle se réclame d’un ordre supérieur qui prétend imposer sa loi au-dessus de celle des hommes. Quelque chose d’inquiétant, de sourd, nous éclate au visage. Notre République est en danger. Ne nous voilons pas la face. La banalité du mal fait son lit sur la misère sociale. La mort de Samuel Paty libère une parole qui nous interpelle et nous inquiète : beaucoup de professeurs des écoles, des lycées et des collèges témoignent, depuis, qu’ils sont tentés de pratiquer l’autocensure et vivent dans la peur. À leurs témoignages, de plus en plus nombreux, il faut se demander pourquoi ils ne se sentent pas protégés dans l’exercice de leur métier et leur mission d’intégration des élèves dans la République. Celle-ci, laïque et indivisible, n’est pas ennemie des religions ; elle organise et garantit la liberté de conscience de chaque citoyen.

Dans nos facultés, notre université forme les professeurs des écoles, des collèges et des lycées avec l’INSPE de l’académie de Strasbourg. À ce titre je veux d’abord vous exprimer, enseignants, chercheurs, personnels et étudiants de notre université, ma solidarité, mon estime et ma reconnaissance. Nos élèves-professeurs ne doivent pas entrer dans une salle de classe avec la peur au ventre. Si l’histoire et la géographie ou l’enseignement civique sont particulièrement exposés aux contestations en tous genres, aucune discipline n’est épargnée.

Nous ne devons plus accepter que soit dénigré le métier d’enseignant par qui que ce soit. Nous devons défendre nos « profs » plutôt que d’en faire les boucs émissaires pour tout ce qui cloche dans notre société. Puisqu’on rappelle, sur fond de terreur, qu’ils sont la pierre d’angle dans la construction de la conscience des citoyens dès le plus jeune âge, nous devons mieux les former et mettre à leur disposition les moyens de leur assurer l’exercice de leur métier sans craindre pour leur vie. Leur formation étant assurée dans l’université. Je mesure la responsabilité qui nous incombe à nous, universitaires. Nous devons armer tous nos étudiants contre les obscurantismes et les idéologies liberticides de tout acabit en les formant à l’esprit critique, à la démarche scientifique et au débat contradictoire.

Le lieu, choisi avec sa famille, où le président de la République rendra, demain mercredi, l’hommage de la Nation à notre collègue Samuel Paty est ô combien symbolique : la cour d’honneur de la Sorbonne, face aux statues de Louis Pasteur et de Victor Hugo, où depuis 800 ans reste vivante en France la liberté de conscience et de pensée. Ce lieu symbolique met l’université au cœur de ce combat pour les valeurs que nous voulons faire vivre. Avec Jean Cavaillès et Marc Bloch notre université, médaillée de la Résistance, démontre qu’on n’assassine pas la liberté de pensée. »

Michel Deneken

Président de l’Université de Strasbourg

 

ÉDITORIAL…

D’un confinement sans fin!

Bonnes vacances d’un type nouveau !

Jean-Richard Freymann

23 juillet 2020

Après le confinement, puis le déconfinement, on nous sert à présent la dimension de la menace de Re-confinement.

Au temps du confinement, le commun des mortels était pris dans la dimension de la peur – Peur du virus – Peur de la mort – Peur des séquelles…et de manière semi-paradoxale, ceux qui suivaient un travail par la parole, ont pu traverser les choses dans un temps de Durcharbeitung qui a permis de franchir ce réel marqué de menaces actives.

Dans Ephémérides (1 à 10) les auteurs ont souligné les modifications théoriques qui s’opéraient à l’insu : place de l’imaginaire, la déspécularisation, la force d’une image non trouée, une parole transformée, un langage automatisé, un accrochage univoque au leadership gouvernemental. Et la fonction des mensonges et la répétition des slogans – le rapport à la science qui s’opéraient dans le doute…

Toutes ces pistes se doivent d’être retravaillées dans l’après-coup… et nos penseurs de la FEDEPSY ne s’en priveront pas !

A la suite de l’épidémie qui se poursuit, les ressorts de la psychanalyse vont se modifier. Comment le rapport à la langue se modifie, d’une génération à l’autre, avec les effets du réel ?

Avec l’épidémie, nous avons renoué avec les soubresauts de l’humanité. Regardez la Bible ou l’histoire de l’Empire romain…les épidémies ont scandé la genèse de la civilisation.

L’épidémie de coronavirus est venue donner mondialement des coups de butoirs dans le délire scientifique de la civilisation actuelle. A savoir que s’est levé pour un temps, le déni de la mortalité humaine : le fantasme d’immortalité. La modernité et les progrès scientifiques du XXe siècle ont fonctionné sur ce déni de la mortalité repoussée, à savoir bien la perspective d’une immortalité possible. Le virus incompréhensible et intraitable est venu suspendre l’idée progressiste, malgré les scientifiques.

On peut se demander alors comment la « castration singulière » peut se repérer dans cette privation collective ? Qu’est-ce que la clinique psychanalytique restitue de ces généralités collectives et persistantes.

En France (entre autres), la période du CONFINEMENT a été branchée sur la question de la peur du virus, peur d’un objet à la fois matérialisé et dématérialisé : un objet énigmatique et (pour l’instant) indéchiffrable. Et le déconfinement a été marqué par le retour de l’angoisse libre. A savoir une crise de vide, d’agressivité, de violences et d’insatisfactions. La peur est quelque chose de la création de consistance d’un lien confiné. L’angoisse est dissociante et schizante, le désir reste en suspens.

Ceux qui n’ont pas été terrorisés par l’épidémie, ont réussi à créer des lieux de parole qui ont été utiles aux « gladiateurs du virus ». Nombre de membres de la FEDEPSY ont réintroduit de nouveaux sens à la psychanalyse en extension : avec les urgentistes, les réanimateurs, les hospitaliers, les enseignants, en dessinant des espaces tiers hasardeux…

Bonnes vacances à chacun et à la rentrée, vivace !

Réunion de rentrée

FEDEPSY-GEP-EPS-APERTURA-CAFER (présentation des activités)

Mercredi 16 septembre – 20h (par ZOOM)

inscription par mail à fedepsy@wanadoo.fr

Confinement, déconfinement et nouveautés

En ces temps si particuliers, les membres de la Fedepsy continuent à être présents…
  • pour des consultations ou séances, à distance ou « présentielles » : vous trouverez toutes nos coordonnées dans le nouvel annuaire de la Fedepsy
  • par l’éphéméride, qui se veut lieu de rencontres de textes et réflexions, invitation au dialogue et aux échanges : lisez-nous, répondez-nous, écrivez-nous ?…
  • par des ouvertures vers le champ artistique, échappées que nous vous souhaitons belles (dans l’éphéméride)
  • par la poursuite des séminaires en visioconférence et vidéo : rendez-vous le 12 juin pour la prochaine séance du séminaire de Jean-Richard Freymann « Traumatismes, fantasmes, mythes » (Inscription : fedepsy@wanadoo.fr)
  • ouverture du groupe Facebook et de la page LinkedIn de la Fedepsy
  • création de notre chaîne YouTube : assistez en différé aux dernières séances du séminaire « Fantasmes et mythes »

 

LECTURES

Le confinement se poursuit et nous savons que vous êtes toutes et tous mobilisés, personnellement et professionnellement, par cette situation inédite et particulière que nous vivons aujourd’hui et qui aura des échos bien après le 11 mai… Ce temps peut être propice à des lectures afin de nourrir nos réflexions sur tous les sujets qui animent, « en temps normal », nos échanges durant les activités de formation que nous proposons.

En suivant ce lien  vous pourrez consulter la liste des ouvrages que nous mettons à votre disposition (collection « Hypothèses » éditée par Arcanes-érès, collection éditée par Arcanes) et éventuellement vous procurer les livres qui vous intéressent. Les livres de la collection Arcanes dont vous pourrez lire une courte présentation sont en promotion tout comme les numéros de la revue Apertura.

Amour et Transfert, Amour de transfert et amour du transfert, le dernier livre de Jean-Richard Freymann a été publié en Mars.

ÉDITORIAL…

Ne cédez pas sur le désir de l’autre…

Jean-Richard Freymann

7 avril 2020

En cette période de confinement, la position du psychanalyste est difficile. En plus de la menace du COVID 19 qui pèse, l’épidémie renvoie chacun au risque de mort effective, pas seulement aux fantasmes et croyances concernant la place de la mort réelle.

Pour tous ceux qui ont été touchés, ceux qui ont perdu l’un de leurs proches et à ceux qui ont été épargnés, je leur dis, suivez les instructions données… et gardez vos distances.

Ce qui m’a frappé pourtant dans le paysage médiatique, c’est qu’on donne beaucoup la parole aux médecins, aux religieux, aux psychologues, mais très peu aux psychanalystes.

Quant à moi je n’ai pas accepté certains interviews qui me semblaient prématurés sur les « effets psychiques du COVID 19 » en regard de ma pratique. Les problèmes étant fort différents si l’on se situe dans des cures analytiques déjà entamées avec du transfert en place et des patients qui ont pris contact premièrement. Il m’a fallu me résoudre à passer du « divan » et du « face à face », au pur téléphone et/ou aux images par Skype ou WhatsApp.

Grande a été ma surprise de constater que la situation analytique n’a pas pour autant été détruite. Les « choses de la vie » se poursuivent au sens de la Règle fondamentale… et que Ça parle. J’ai été étonné qu’une majorité de patients préfèrent le pur téléphone plutôt que l’ « image skypée ». J’ai un semblant de réponse à ce choix – que j’étudierai une autre fois – qui correspond à la spécificité de cette image restituée par l’ordinateur ou le téléphone. L’ « image skypée » n’est pas une image spéculaire ni a spéculaire (à suivre)…

Je n’insisterai jamais assez pour dire à nos collègues qui se reconnaissent dans l’analyse de ne pas laisser tomber leurs patients, leurs analysants, leurs malades… et de se mettre à disposition de l’autre dans cette ère de tournant.

Que devient l’inconscient freudien quant le Moi et la conscience sont mis à rude épreuve ?

À suivre, ne confondons pas les temps…

Soyez éthiques, faites offre à ceux qui vous parlent de venir « durcharbeiten » (de perlaborer), quels que soient leurs moyens.

Une offre est souvent vitale quand le réel se déchaîne !

 

 

ÉDITORIAL…

rédigé par Jean-Richard Freymann

le 19 mars 2020

Le nouvel annuaire de la FEDEPSY  se prépare, voici l’édito

 

Il est grand temps…

Savez-vous que ANNUAIRE est dérivé d’une forme latine tardive, contamination du latin annarius par annuus. Le mot a été créé comme nom pendant la Révolution. La première publication annuelle portant ce nom a concerné la Météorologie (1792) où il s’agissait d’un recueil de nature administrative et économique.

Mars 2020, nous ajoutons une nouvelle signification à l’annuaire 2020-21 de la FEDEPSY, celui de la révolution sociale par le Coronavirus ! Il s’agit certainement de l’annuaire d’une fin d’un monde.

Dès que surgit l’élément « ANA » nous touchons à trois sémantismes fort utiles pour le psychanalyste : « de bas en haut », « en arrière ou en sens inverse » et « de nouveau ». Et voilà que va surgir un composé usuel comme « analyse ». Ne passez pas à côté de « anachorète » « anagogique », « anaglyphe »,  « anastomose », sans oublier « anagramme » et « l’analytique ». Qu’est-ce « Un remède qui rétablit les forces »[1] ?

Ce remède d’annuaire des analystes ne sera pas en trop cette année pour redonner le goût de vivre, alors que chacun risque de perdre sa vie.

Alors, en notre monde si prévisionnel, voilà que le hasard, la Tuké nous tombe dessus.

On s’en souviendra de cet annuaire !

 

Cette FEDEPSY tient la distance… plus de 20 ans ont déjà été traversés et voici que toutes les générations de psychanalystes y sont encore présentes.

J’avais été fasciné dans mes jeunes années par une phrase de Georges Brassens : « Quand je cherche les amis, je regarde le gazon ». À présent cette phrase me semble éculée : l’amitié mélange les générations, à condition de ne pas les confondre et de faire un peu avec son « hainamoration ».

Nos amis de toutes les générations sont présents dans ces pages qui récapitulent ce que chacun a semé, au-delà des « pampres qui n’ont pas fleuris » (cf. Moustapha Safouan dans Études sur l’oedipe, de Lucien Israël à Serge Leclaire, de Jean-Claude Schaetzel à Nicolle Kress-Rosen… Chacun reconnaîtra ses dettes, ses amours, son passé.

En cette période de « confinement obligatoire » on mesure peut-être ce qu’a été la liberté… Quand en plus on prend conscience des fondations auxquelles on a contribué, on pleure un peu sur ses ratages et tout ce que l’on aurait pu éviter, les amis qu’on a perdus. Mais il est un message qui nous enserre : le « désir de durer » nous mène par le bout du nez et les anneaux que l’on a mis aux doigts laissent quelques cicatrices et cénotaphes que l’on ne peut plus effacer.

Bravo à toutes ces jeunes générations qui ont pris le relais dans la FEDEPSY et à tous ceux qui poursuivent de manière a-temporelle l’a-temporalité de l’inconscient freudien.

[1]Le Robert, Dictionnaire historique de la Langue Française, p. 126.

Pour tout renseignement concernant le fonctionnement de la FEDEPSY utiliser le lien du site ou l’adresse mail fedepsy@wanadoo.fr ou tél. 03 88 35 24 86

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