Nous avons  le plaisir  de vous présenter

le numéro 11 (septembre 2022) de La Lettre de la FEDEPSY :

Newsletter Fedepsy Septembre 2022

ÉDITORIAL

Les déchaînements du « leadership » et la question de l’horreur

Jean-Richard Freymann

22 août 2022

Étrange l’idée que certaines inhumanies peuvent être franchies et que l’on reste figé dans des automatismes de répétition. J’ai pris de plein fouet l’assassinat ou bien on peut dire la tentative d’assassinat de milliers de gens… et j’eus pensé que les vacances de tout un chacun auraient pu être perturbées. Pensez-vous ! Vous vous croyez en 1969 ! On a dû perdre au passage les affects des pulsions. Alors tout le monde est-il vacciné par l’horreur ?

Plus de droite, ni de gauche, chacun essaie de se prémunir.

Mais rassurez-vous, la part réelle est toujours bien présente et la menace de ladite mort est bien présente aussi. J’ai revu la plupart des soixante-huitards de mon époque avec des cravates bariolées.

Le fait d’avoir la chance de continuer à vivre produit une sorte d’ironie existentielle. « Aimez-vous les uns les autres » a remplacé « il est interdit d’interdire ». Pour les Lacaniens et les suiveurs, la chance est grande de travailler dans l’inter-dit. Et voici les nouvelles facettes du dire.

Aujourd’hui, un dire hors texte et contexte fait prendre le risque de l’assassinat : la censure est à son maximum.

Mais alors voici une parade synchronique : la parole. Mais prendre la parole c’est prendre le risque de la mort.

Quant à l’écriture, on n’en parle même pas.

Oser écrire une création, oser ironiser sur les religions, oser déclarer son avis conduisent au risque de mort et de désirs meurtriers.

Question traditionnelle : qui tue-t-on quand on se suicide ou tuer l’autre, c’est suicider quelle partie de soi-même ?

La mort est un drôle de sujet. Irreprésentable ! La mort qui échappe. Et pourquoi déchaîne-t-on une guerre ?

Qui l’eut cru ? Ainsi, la fin du monde pourrait se déclencher à partir des folies d’une seule personne.

Alors, que pense le champ analytique du risque de la fin du monde ? Que l’humanité a laissé la paranoïa se répandre comme une traînée de poudre. Essayons d’introduire la singularité dans le déchaînement des foules. Et que de courage qui se donne à voir.

À un niveau plus microscopique nous sommes les témoins « d’une bataille navale » (voir les jeux) parce que l’on a laissé la folie d’un seul se répandre et ne point l’arrêter. Combien de fois est-on lâche dans la vie individuelle ?

L’ultime lâcheté consiste à ne plus regarder autour de soi et ne plus regarder ce qu’il se passe en Ukraine.

Jusqu’où va la « non-assistance à un monde en danger » ?

C’est peut-être le moment de s’occuper de la « psychanalyse personnelle » au lieu de jouer au singe savant.

Alors, comment arrête-t-on les « cascades de remaniements des signifiés » ?

Je me rappelle souvent la phrase de Pierre Legendre qui, dans un dialogue avec Lucien Israël, faisait remarquer : « On n’a pas gagné la Seconde Guerre mondiale avec la parole !!! »

 

Cher Jean-Richard,

le style est tranchant, les phrases acérées, à rendre compte de l’actuel. Tu retiens les mots comme pour éviter de heurter davantage, et les idées ramassées, condensées, prennent forme d’arêtes, dessinent l’ossature de ta réflexion. La mort. Il n’y a pas d’enrobage – tout enrobage ferait voile, ou œillères – nous préférerions quelques œillades amoureuses, n’est-ce pas ?

Il y aurait à reprendre chacun des os que tu nous présentes, et à l’examiner.

Je me sens retenue, convoquée, à deux endroits précis, deux articulations grinçantes et paradoxalement glissantes.

  1. La mort : le réel de la mort, celui qu’on croise un jour ou l’autre, de plus ou moins près, celui qui s’abat sur nous un jour ou l’autre / et la pulsion de mort, le mortifère en l’humain. On pourrait croire naïvement, espérer, que l’idée du réel de la mort viendrait réduire les pulsions de mort – nul besoin d’en rajouter !? – il n’en est rien. Les pulsions de vie, le désir, l’humain, ne trouvent de place qu’à se frayer un chemin entre le chaos du réel, et les pulsions de mort en chacun, et les déchaînements mortifères de certains. Difficile et périlleuse navigation !… Dans laquelle, malgré la solitude foncière de chacun face à son « destin », quelques liens à quelques autres feront office de phares et de boussoles – et quel nord, ou quel sud, pour un peu de chaleur humaine ?…

J’aimerais proposer comme point cardinal une « bienveillance déniaisée », celle par exemple, il n’est pas le seul à l’incarner, de l’analyste, qui œuvre à permettre à ses analysants un peu plus de subjectivation et de liberté subjective.

À cet endroit nous croisons une autre de tes réflexions : « La censure est à son maximum. » Et si largement répandue, diffusée, infusée en nous, que nous nous censurons nous-mêmes, nous allons jusqu’à censurer nos affects ?

Quels sont les mécanismes de censure de la parole en tant que parole ? Quelle est cette tendance à uniformiser, lisser, polir et refuser le tranchant et les aspérités d’une singularité ? Comment y échapper ?

  1. Deuxième point d’articulation, à la fois grippé, grinçant, douloureux, et glissant, point de vrille sans fin : « la non-assistance à un monde en danger » / « s’occuper de la psychanalyse personnelle ».

Comment choisir ? Comment se positionner ? « On n’a pas gagné la Seconde Guerre mondiale avec la parole ». Alors que faire ? Prendre les armes ? S’immoler en place publique au nom de toutes les horreurs du monde ?

Ou se permettre de continuer à vivre, exister ? S’occuper de sa psychanalyse personnelle, et de celle de ses analysants ? Œuvrer à plus de subjectivité, de singularité, en soi et quelques autres autour de soi, œuvrer à ce que soit possible une « bienveillance déniaisée » ?

Est-ce dérisoire, face à la guerre ? Face aux guerres et horreurs continuelles, perpétuelles ?

Peut-être. Et à la fois pouvons-nous plus ? Et est-ce si peu que de soutenir la singularité, la subjectivité ?

Une de tes phrases, Jean-Richard, peut servir de point de perspective : « Essayons d’introduire la singularité dans le déchaînement des foules. »

En effet quoi d’autre que la singularité subjective, pour endiguer le déchaînement des foules, et la contagion paranoïaque ?

Il faudrait nuancer : œuvrer à plus de singularités subjectives ne suffit plus, probablement, lorsque le déchaînement est en cours (face à la violence dans la réalité, il n’y a plus que le combat et la résistance dans la réalité ?), mais n’en devient pas inutile pour autant, ne serait-ce que sur un plan éthique, ou sur le plan de la survie subjective singulière.

Le « pousse-à-la-singularité » serait plutôt une action aux effets préventifs : participer à permettre aux humains de trouver les moyens de se positionner subjectivement, afin de ne pas être pris dans le premier mouvement de foule venu. Et si la singularité au sens fort ne peut s’expérimenter qu’après un certain cheminement subjectif, la prise en compte du particulier se révèle souvent un premier pas décisif.

Encore une nuance supplémentaire : les mécanismes de foule les plus fréquents aujourd’hui semblent fonctionner du côté de l’hypnose (la terreur hypnotique…), de la surdité, de la passivité voire de la sidération, de l’empêchement de la pensée, de l’abrasion des affects. Les ritournelles médiatiques (« attention, la Covid », « attention, la guerre », « attention, les incendies », « attention, la canicule », « attention, l’inflation »etc.) ne fonctionnent pas comme des informations, mais comme de petits coups répétitifs face auxquels le sujet, s’il y en a un, se replie et se terre au fond de sa carapace, où il s’auto-hypnotise et s’auto-satisfait de tout ce dont il peut jouir via écran.

Et n’ayons crainte, les techniques de réalité virtuelle sont en constante amélioration !… Nous pourrons bientôt y rester, au fond de nos carapaces, et en prendre la surface interne pour le panorama du monde – Platon était en fait un visionnaire, et sa caverne un roman d’anticipation ?…

Alors il me semble – c’est ce que j’entends dans les silences portés par ton texte – que l’analyste a aujourd’hui plus que jamais à prendre la parole dans la société, et à faire entendre la nécessité vitale de la singularité et du sujet – une façon comme une autre – ou plus humaine qu’aucune autre ? – de prendre les armes.

« Contre les guerres », et contre les violences, bâillons, étouffements en tous genres perpétrés à l’encontre des sujets.

L’analyste en connaît un rayon, de ce côté-là : sur le divan « se traitent », se démêlent, se dénouent, s’apaisent, les violences, bâillons, étouffements perpétrés contre le sujet par ses propres mécanismes psychiques, traces diverses des emmêlements et démêlés de ses liens avec les autres…

Cyrielle Weisgerber 

 

ÉDITORIAL Bis

Jean-Richard Freymann

29 août 2022

Merci à Cyrielle Weisgerber de saisir le message implicite de mon édito. Étrange ce moment de retenue, pour faire montre du pire de l’abomination monstrueuse.

Le « pire est-il arrivé ? », ou pire encore ? C’est que la centrale nucléaire de Zaporijia est l’aboutissement des délires guerriers et comment faire pour saisir ce paysage possible de « fin du monde » ?

Que vient faire le champ analytique de tout cela ? Il suffit d’écouter les formations de l’inconscient pour penser le déchaînement.

En ce moment les explosions sont livrées à l’arbitraire d’un acte volontaire, d’un acte manqué ou à l’étourderie d’une seule âme – s’il y en a une. Ce n’est pas l’individualité d’une psychanalyse particulière, nous sommes livrés à l’acte manqué d’un combattant, d’un aviateur…

Le moment n’est certainement pas de « forclore » la théorie analytique et de batifoler dans la pure suggestion Bernheimienne.

Jusqu’à quel point faut-il donner la parole au paranoïaque et au mélancolique pour anticiper notre avenir ?

Je répondrais à Cyrielle : la singularité n’y suffit pas ! Il faudrait savoir comment on arrête un délire transgénérationnel. C’est que l’histoire individuelle du bourreau ne suffit pas, il nous faudrait comprendre comment ce dernier est devenu un objet composite et historique.

Arrêtons de penser que les formes de nouages entre réel, imaginaire et symbolique ont tendance à se borroméiser.

Entre un souhait désirant et les pulsions en déroulement et en déchaînement, quel rapport ou quel non-rapport ?

Quelle misère quand le perverso-psychotique rencontre dans le réel une consistance à son fantasme délirant.

Sur le plan « individuel » nous pouvons dire que la difficulté face à un délire quasi prophétique c’est de réussir à décentrer le point d’origine. De recréer un étonnement là où la chronicité a envahi tout le champ. Ce décentrement peut fonctionner dans un discours de cabinet.

Là où « les soucoupes volantes » sont envahissantes, dans la surface psychique, il faut tenter une autre cosmogonie mais qui n’accepte pas les transgressions par rapport aux autres. Pierre Legendre dans Le crime du caporal Lortie1 se demande si un authentique procès de Lortie n’aurait pas facilité les choses.

Par contre, question : la bombe atomique est-elle la seule réponse à l’hypnose collective ? Existe-t-il une « hypnose trans-hypnotique » qui permettrait de « redonner des vies », comme on le dit dans les jeux électroniques ?

Je faisais allusion aux jeux de bataille navale des enfants, une dimension où la vie humaine n’existe plus, où l’on ne peut agir qu’en termes de soldats en plastique.

Comment le champ psychanalytique peut-il introduire un échiquier de sujets face aux murailles.

N’oublions jamais que même dans une psychanalyse personnelle surgissent des moments de « casse » et de « passe », et le pari est de tenter un exercice de lalangue, quel que soit l’état du fracas.

Face à l’arbitraire, les arbitres doivent supporter d’errer comme dans le « mythe d’Icare ».

1 Pierre Legendre, Le crime du caporal Lortie. Traité sur le père, Paris, Fayard, 1989.

« Jus ou Sauce1 »
Acheminement vers une nouvelle définition du « PASSEUR »

Jean-Richard Freymann

7 juillet 2022

Peut-on oser parler positivement d’un groupe de psychanalystes ? Ce n’est pas à la mode ! En cette ère des thérapeutiques brèves et nouvelles, comment aborder la lenteur du devenir du psychanalyste et sa lente formation ?

Les réseaux sociaux autorisent-ils à aborder ces sentiers escarpés où le sujet de l’inconscient se constitue ? Comment ça ? Le sujet n’est-il pas cet être déjà constitué ? Un être consolidé ? Un individu prêt pour la « servitude volontaire » ?

Il est déjà fatiguant de lire, alors en plus écouter, voire entendre… Ce n’est pas une sinécure. Quel beau signifiant ! Ce d’autant plus qu’une cure nécessite bien du temps.

Changeons de cap !

Une rencontre d’analystes a eu pour effet d’échanger autour de l’objet de la psychanalyse. Cela s’appelait « acheminement vers le 2e témoignage ». À y perdre ses « testis ».

Chacun a pu circuler dans une ronde autour de la dialectique entre le singulier et le collectif, voire le groupal et le particulier.

Qu’est-ce à dire ? Que ce symptôme (au moins, ou sinthome… à voir) du devenir analyste soit mis sur le chantier.

Devenir analyste, c’est au moins permettre de « s’identifier » au discours de l’analyste. De pouvoir lâcher sur sa petite « historiole », d’abandonner la Durcharbeitung (en cours ou pas) et de jeter un regard – avec une coupe projective – sur sa destinée et sur son chemin caillouteux. Un petit coup de « Mehr Licht » comme le disait Goethe.

Alors on mesure des : « Que serais-je sans toi ? » ou « Que serais-je sans toit ? »

– « Par quel objet es-tu animé ? »

– « Quelles angoisses nous étreignent ? »

– « Comment suis-je sorti de la répétition ? »

– « Pourquoi l’amour de la théorie ? »

– « Peut-on se remettre de la passion ? » ou « Peut-on se ‘‘re-maître’’ de pas si on ? »

– « Comment sortir de la cage dorée ou argentée… de la cure analytique ? »

Je pourrais multiplier les interrogations mais elles ont été vécues et sont vivantes.

Une fois n’est pas coutume, nous n’avons pas cédé à l’enregistrement et nous attendons de l’écriture.

La conclusion est que le « CheVoi » ne s’adresse pas seulement aux anciens d’une autre génération mais s’adresse justement aux générations à venir.

Cette génération qui suit le senior s’adresse au(x) second(s) de cordée qui fonctionne(nt) comme passeur(s), et celui qui demande une reconnaissance se retrouve dans la position du PASSANT (avec soucis ?).

Que serais-je sans TOIT ? Dans un ailleurs c’est là qu’intervient le lieu de l’Agora. Une sorte de cartel géant qui varie à l’infini. Ma théorie de « sociologie analytique » est la suivante : faute de discours du maître, il va s’agir, pour les leaders, de s’adresser à une « foule » différenciée. Il ne sera pas possible analytiquement au senior de s’adresser directement à l’élève ou à l’esclave.

Mais les leaderships ont besoin d’une génération intermédiaire pour faire circuler la parole. Et de fait cette génération intermédiaire fait fonction de PASSEUR.

Voilà, le mot est lâché quand les messagers sont ainsi de retour.

Nous disions que le « désir de l’analyste » ne fait pas que se dire, il doit se signifier. Et c’est la fonction du passeur, avec le risque de ne pas reconnaître le message initial. Cette fonction de passeur est à redéfinir, même si elle est très présente dans « la proposition d’Octobre 1967 » de Lacan. C’est peut-être le passeur qui introduit le point de perspective… du tableau clinique psychanalytique.

Ce qui est à reprendre dans la « logique pulsionnelle » que nous aborderons l’an prochain.

Le passeur permet la métamorphose du message initial : pour une longue traversée des mots, en travers d’un sujet en constitution. Et il faut en avoir peur parce que les pas de la « métamorphose corporelle » peuvent être présents ou en devenir. J’oppose là la métamorphose de la psyché à celle du corps.

À cet endroit la question devient « Sinthomale » dans sa concaténation. Chaque traversée a un prix et pourquoi pas l’effet du témoignage, même s’il apparaît direct. Comment allons-nous nous réveiller ? (voir La métamorphose de Kafka2).

Par ailleurs la fonction de l’Agora est-elle de créer du grand Autre barré ?

Qu’est-ce à dire ? Que la question de l’Adresse n’est pas secondaire, elle est en saccade. Ainsi il faut un lieu du code troué pour que la parole puisse se constituer. Chemin faisant, le symptôme perd de son acuité et l’on voit apparaître du « Sinthome » ; quel est ce 4e rond de ficelle qui n’est ni R, ni S, ni I mais une émergence nouvelle qui peut nous combler du côté de la sublimation, mais pas seulement, une création dans le répétitif. Une cinétique nouvelle qui peut alors créer de « l’Ego » et souvent « Ego sum pauper » (L’Ego est pauvre) mais qui nécessite un mouvement, une cinétique, un essai répétitif.

De tous ceux qu’on a oubliés – pris dans l’éternel départ –, nous attendons parfois un témoignage dans notre solitude d’analyste ; si déjà vous l’avez traversée… ce qui renvoie, d’après Jean Clavreul, à la « solitude de l’infantile3 ».

Alors, à ceux qui participent à la ronde de la FEDEPSY, merci d’avoir donné du sens à la question du lien social nouveau qui fait la nique au langage ambiant.

À la manière de Philip Roth, on pourrait se questionner « Jus ou Sauce ?4 ». Selon mon ressenti il s’agit bien du « pur jus » singulier, à savoir, un temps d’arrêt du cheminement dans le champ analytique. Quant à la sauce, elle est prévisible. Celui ou celle qui a pris le risque de s’y essayer (par un témoignage) ne se retrouve pas dans la même configuration avant et après. C’est ce que l’on appelle un « moment analytique ». Faisons un parallèle dans la dialectique symptôme/sinthome en utilisant les propos de Philip Roth… : « … il n’est pas totalement inhabituel de voir se produire dans le monde réel des choses que l’on a couchées sur le papier uniquement de manière imaginaire. »

Et il a arrêté… d’écrire !

1 Voir P. Roth (2017), Pourquoi écrire ? (Why Write ?), traduit de l’anglais (États-Unis) par Lazare Bitoun, Michel et Philippe Jaworski et Josée Kamoun, Gallimard, coll. « Folio », 2019.

2 F. Kafka (1915), La Métamorphose, Gallimard, coll. « folio », 2000.

3 J. Clavreul, L’homme qui marche sous la pluie, Odile Jacob, 2007 ; et L’ordre médical, Seuil, 1978.

4 « Dans ce texte “jus ou sauce” Philip Roth se trouve dans un restaurant de Chicago à côté d’un cuisinier qui n’arrête pas de répéter “jus ou sauce” à tous les clients pour accompagner leur steak. C’est là qu’il trouve une feuille de papier sur laquelle il y a une liste de 19 phrases, en réalité, les premières phrases de tous ses livres à venir. P. Roth, Pourquoi écrire ?, op. cit., p. 448.

Newsletter Fedepsy Juillet-aout 2022 – web

« Que diable allait-il faire dans cette galère de la psychanalyse ?

– apprendre à parler ? – »

Jean-Richard Freymann

30 mai 2022

De retour au « pays de l’Autre » après de longs séjours inhospitaliers, je me retrouve présentement dans une Weltanschauung (conception du monde) ambivalente.

Autant je trouve un cheminement pertinent pendant mon « absence-présence » en ce qui concerne le fonctionnement institutionnel de la FEDEPSY et de l’EPS, autant je trouve – sans un regard d’envie – le manque d’initiatives au sein du champ psychanalytique.

Le « devenir ancien » conduit-il à de la déception ou bien dans ce retour d’univoque ? Y a-t-il du vrai dans ce regard sur la cinétique de mes proches qui semblent avoir oublié de prendre du « temps pour comprendre » ? Apprenons à rajeunir grâce au Wissentrieb (à la pulsion de savoir).

Un vrai rêve d’adolescent : les séminaires sont bondés, les groupes cliniques fleurissent, la psychanalyse en extension s’étend aux autres institutions.

Mais où sont passés les « artisans inventifs », les contestataires qui débattent avec une période de Freud, de Lacan ou avec les post-freudiens ?

Les lecteurs (s’ils lisent) ne sont pas des interprètes et ne sommes-nous pas à la recherche d’originalités humaines qui ne cherchent pas obligatoirement des galons d’adjudants ?

Je connais les échos à ces remarques mélancoliformes sur la déverbalisation : il y a toute la période du COVID (j’en sais quelque chose !) et il y a la guerre à nos portes.

On voit déjà à quel point les gens osent s’habituer à la barbarie de la guerre (qui, aux dires des Russes, ne porte pas ce nom). Freud aurait déjà repéré que l’humain cherche avec délice l’inhumain1 qui est en lui et les pulsions les plus abominables ne cherchent que l’occasion de fleurir. Les effets civilisateurs ne sont jamais acquis.

Je ne fais pas un anachronisme, le champ analytique et le discours analytique ont un rôle à jouer dans le monde actuel face à la « désymbolisation » avec des effets générationnels difficilement repérables, mais existants.

La transmission a pour mission de passer le relais d’une génération à l’autre. Quant à la psychanalyse (contrairement à l’Université et à la politique) elle détient un espace tiers qui est celui de la cure analytique.

Rappelez-vous les propos de Lacan sur la transmission2. La psychanalyse ne se transmet que par le divan et ses dérivés. Mais voici le problème du psychanalyste : « Est-il à même de soutenir la situation analytique, et en plus sur la durée ? »

Le problème : l’héritage de cette capacité ne se fait ni dans l’institution d’analystes (même si elle y contribue), ni sous forme d’un virus ou par la filiation d’un Maître3.

Buts de l’analyse : faut-il penser abusivement qu’on est à même de transmettre les rapports à l’inconscient quand on ose perdre… pour un temps, les petits autres… ? On me rétorquera alors : que devient l’amour dans tout cela ?

Réponse à entendre aussi du côté des religieux. Sont-ils les mêmes, ceux qui cherchent D. et ceux qui l’ont trouvé ? Cela fait un peu partie des entretiens préliminaires de chercher le rapport à Dieu dans le rétroviseur ?

Dans les nouvelles générations que je trouve plus « normales » que nous, avec des fétiches téléphoniques qui ne les quittent plus, peu de choses les rapprochent de la situation analytique. Il va falloir introduire quelque chose pour réouvrir les portes de la psychanalyse. Les impossibilités actuelles tiennent aux nouvelles définitions des rapports des langages à la parole et au discours. Cela ne remet pas en cause que « l’inconscient est structuré comme un langage4 », c’est plutôt que le « discours ambiant », le contexte langagier synchronique, dénie toute diachronie et toute historicisation subjectivante.

Difficile alors de donner accès à une parole « qui ne serait pas du semblant ».

« Peut-on apprendre à parler par (à partir de) la psychanalyse ? » Affirmatif !

Cette phrase semble d’une naïveté infantile avérée. Mais nous pouvons y répondre que le « tout langage » et le « moulin à parole » ne se rapportent pas directement au sujet dit de l’inconscient.

Pénétrer dans le monde des « formations de l’inconscient » provoque une césure dans le langage commun auquel l’être parlant s’identifie et s’affiche souvent dans les « stéréotypies de bistrot5 ». Et ceci n’anticipe pas sur quelque « autismé »… ou sur un diagnostic « DSMisé ».

Le problème est que cette acquisition de la « parole pleine » ne saurait se répandre aisément dans le collectif. Ce qui explique d’ailleurs pour une part la mise au rencart du champ analytique.

Le monde actuel se meut non seulement dans un individualisme saisissant mais dans un refus du particulier et de la singularité. Comment se fait-il que la pression générationnelle aille plus dans les méandres de l’individualité que dans une quête communautaire et civilisationnelle ? Je peux risquer une interprétation. À force d’expliciter la psychologie collective autour de l’idéal du moi, on oublierait presque que le « parlêtre » se trouve souvent derrière le moi idéal6 » qui est l’héritier fondamental du devenir du narcissisme de l’enfance.

Dit autrement « quand on est plus de quatre, on est une bande de cons7 » calfeutrés dans un narcissisme et dans un infantilisme flamboyant. Un monde de bébés vengeurs honteux de leur origine ?

En guise de préambule je tiens à anticiper mes propos à venir, en schizant le précieux langage du postulant-névrotisant virtualisant de la parole et des griffes univoques de la paranoïa hétéro-punitive qui sont à l’origine d’une destinée bien univoque.

C’est que la paranoïa traverse sans coup … (et avec coups) les différentes générations8, alors que le névrotisant en formation se doit d’être baigné dans les limites du berceau verbal.

Pour ce faire et pour produire un distinguo, il nous faut aujourd’hui relire « La technique active » de Sandor Ferenczi9 pour éviter que la psychanalyse soit remise dans les musées archéologiques.

1 S. Freud (1927), L’avenir d’une illusion, Paris, Puf, 1973.

2 J. Lacan, Lettres de l’École sur « La Transmission » (2 volumes), Bulletin Intérieur de l’École Freudienne de Paris, avril et juin 1979.

3 J. Lacan, Le Séminaire livre XVII (1969-1970, L’envers de la psychanalyse, Paris, Seuil, 1991.

4 J. Lacan (1953), « Fonction et champ de la parole et du langage en psychanalyse », dans Écrits I, Paris, Seuil, 1999.

5 L. Israël, Le désir à l’œil (séminaire 1975-1976), Toulouse, Arcanes-érès, 2003.

6 S. Freud (1921), « Psychologie collective et analyse du Moi », dans Essais de psychanalyse, Parsi, Payot, 1993.

7 D’après G. Brassens, « Le temps ne fait rien à l’affaire », 1961.

8 M. Safouan, La parole ou la mort, Paris, Seuil, 2010.

9 S. Ferenczi, Œuvres complètes, Paris, Payot.

Newsletter Fedepsy Juin 2022

Quand l’Histoire rejoint « l’historiole » personnelle

Jean-Richard Freymann

25 avril 2022

1. Confidence

Autant la poussée pulsionnelle et le passé – somme toute récent – me poussent à rouvrir les vannes de l’inconscient hypnotique, je ne me vois pas encore dans la relecture, en particulier, de Frères humains1

À celui qui « comate » et a la chance de se réveiller, il (c’est moi) repère sans autre forme de procès la différenciation entre la fraternité si proche et les pulsions agressives qui ne disent pas les mots, mais les signifient.

Pour l’instant je suis au temps de la synchronie et de la redécouverte, et je ne me retourne pas.

À petits pas précaires, je traverse les avenues d’un lent mouvement et avec prise de temps. Que reste-t-il de mes velléités anciennes ? Ce sont elles qui me dictent l’imprévisible mais qui rendent l’acquis provocateur. Je n’ai pas arrêté et ce n’est pas fini. « Job » s’est réveillé d’une manière énigmatique, j’entends mon père le dire autrement : « Le temps ne fait rien à l’affaire… quand on est con, on est con » (Georges Brassens).

Peut-être ai-je perdu certaines couches de la séduction et je me retrouve confronté aux racines de la psychanalyse.

La conflictualité est totale.

Je repère la Durcharbeitung et ceux qui ont fréquenté la vie de l’inconscient. Je dois oser dire que je renais aujourd’hui, l’inconscient freudien à proximité. Et je constate à quel point Lacan en est le plus fidèle lecteur.

J’ai bien repéré que Freud n’a pas été le président de la Première Internationale de la Psychanalyse pour laquelle il avait repéré déjà « la rééducation fonctionnelle par laquelle il avait été frappé ».

2. L’actualité prend le dessus

Quel courage aujourd’hui de bouleverser les analystes en place avec l’Autre, le petit a, le phallus, les ébauches de sujet, l’objet a… Mais encore faut-il les connaître.

Freud a repéré dans un premier temps « les artefacts » de lecture qu’il a déclenchés.

Mais les lecteurs ne pourraient pas être aujourd’hui dans une lecture sans les malheurs de l’Ukraine. Faute de respecter la démocratie, il faut produire la lutte, à coups de mots, de communiqués, de guerre, de massacres. Le risque est de s’habituer à la vision de l’innommable. Comment allez-vous réagir face à ces massacres ? Et avec quels Ukrainiens allez-vous échanger et montrer votre vie pour l’instant apaisée ? Que nous reste-t-il comme temps pour vivre cette « Pax Europeana » ?

3. Osons lire les textes

et maintenir la différence entre contenu manifeste et latent. Alors on lit les textes et les informations sur la guerre. Mais la guerre risque d’être totale.

4. La différence entre générations reste obscure

Une nouvelle génération nous a rejoints dans ces états blessés et le post-traumatique.

Alors, par exemple, quelles sont les dérives de l’amour ?

  • Le laisser faire ;
  • L’amour déclaré ;
  • L’extinction des objets où ils se ressemblent tous.

On nous propose pour l’instant l’amour du drapeau, des drapeaux remplis de sang…

Exigeons le maintien de la démocratie, le refus du tiers exclu et la séparation des pouvoirs.

Alors quels que soient les « endormis de la clinique », les pratiques vont devoir changer. Il ne suffira plus, avec les réfugiés et les gens de passage, de leur donner quelques pilules, même si leur langue est étrangère.

Le « trauma » vient prendre un nouveau sens : celui d’un « mal commun » où les orphelins font légion. Il va falloir inventer de nouveaux abords où chaque praticien aura peut-être « horreur de son acte » et où il va falloir traverser le « principe de plaisir ». Quand celui que je reçois me ressemble comme deux gouttes d’eau, comment subjectivement vais-je le ou la recevoir. L’affaire de la « petite différence » de Freud devient insuffisante.

Il va falloir trouver les mots autour de « la violence », « du témoin », de « l’expulsé » et des phénomènes d’effroi qui manquent rarement.

C’est là que la psychanalyse est une « science du particulier » et un essai de réponse à l’horreur et à la « hainamoration ». Ce n’est pas seulement une affaire d’identité ou nationale, c’est l’humanité elle-même que l’on peut décomposer.

1 J.-R. Freymann, « Frères humains qui … », Toulouse, Arcanes-érès, 2003.

 

Une histoire pour ne plus se contenter de survivre

Guillaume Riedlin

fin avril 2022

À ne pas être sourd s’entend l’angoisse qui chauffe notre monde. Cette angoisse est le signe palpable de ce qui traverse chacun et tout le monde à la fois. S’y mélangent l’incertitude, l’insécurité sociale, l’insécurité médicale, la pandémie, la guerre, les élections et ses non-choix. Quelque chose s’impose à nous, nous étouffe, et le parlêtre quand il est livré à lui-même affleure au discours à la limite de lui-même.

Pour s’y retrouver il est possible de considérer le triptyque qui nous organise, chacun de nous : Corps-Moi-Sujet, c’est-à-dire, notre chair et la conscience qu’elle constitue une unité, le corps, notre histoire comme mythe individuel, le moi, et enfin le sujet de notre discours comme parlêtre, le sujet donc, et il apparaît que le parlêtre serait en quête de la limite de lui-même, de son corps, de son histoire.

Ainsi, dans ce triptyque nous pouvons envisager que le sujet était organisé, coincé, entre les signifiants « crise » et « rationnement », « le signifiant représente le sujet pour un autre signifiant », depuis plusieurs années. Ainsi, c’est autour des signifiants de crise, économique, migratoire, voire déjà écologique qu’il devait se constituer. Pourtant jusqu’à peu cette crise constituait un ailleurs, dans le temps, dans l’espace, dans l’existence même de ces menaces, puis l’effraction de la réalité et avec elle, du risque d’en mourir ou de tout perdre : attentats, virose incontrôlable, guerre, mais également surdité gouvernante aux revendications sous le désir affiché de faire profiter les plus profiteurs sans même la sécurité d’une redistribution des richesses. Le sujet se retrouve en tension extrême, la peur pour le corps, une histoire qui semble ne plus avoir de sens, ne lui offre que le présent pour s’organiser grammaticalement. Comment se référer au passé, bousculé, ignoré, remis en cause, sous la forme de ses acquis et de la sécurité sociale qu’il constituait encore, et l’extrême difficulté de se projeter dans un avenir sous-tendu de guerre, de survivance de l’espèce aux attaques virales ou atomiques, dans un monde surchauffé, pollué, agonisant.

À n’avoir que le présent pour se constituer comme sujet de son discours, le parlêtre affleure donc au son des signifiants du discours courant : peur, insécurité, fin-du-monde, fin-de-l’humanité, variants, insuffisance respiratoire, réanimation et d’autres… Dans ce moment, le recours complotiste apparaît comme des branches de salut pour édifier coûte que coûte du sens.

Ainsi notre parlêtre se présente aux thérapeutes de tout poil avec les maux de souffrance, fatigue, épuisement. À les prendre trop au sérieux, on conclut vite à l’absence de lésion somatique, et pourtant le corps est poussé à la limite de ce qu’il peut supporter et parle par ses insomnies, ses acidités, ses palpitations, en d’autres mots, par l’hyper activation de son système neurovégétatif, c’est-à-dire au travers de ses mécanismes sous-corticaux hérités de notre évolution et gérant notre survie. À les prendre trop au sérieux, le corps est alors forclos laissant apparaître les signes cliniques des failles narcissiques primaires, c’est-à-dire, l’angoisse de morcellement et l’organisation du monde autour de l’enclos préservé du moi, devenu égo, « tu es avec moi ou contre moi ».

La question de maintenir l’écart, ni ignoré, ni pris trop au sérieux est d’autant plus prégnant que le parlêtre a fait l’expérience, internationale, du confinement-déconfinement, ce drôle de signifiant qui vient témoigner de la réalité de la fonction maternelle rassurante entre toutes qui nous a isolé chez nous à l’abri pour nous abandonner à notre survie sous couvert d’une économie à préserver.

Le parlêtre, ayant goûté à l’intensité d’une fonction maternelle collective, s’y croit conditionné à sa survie et l’appelle au point de morceler le moi et le corps.

L’analyste y a une voie, celle de ne pas satisfaire la demande, peu de lieux la garantiront. Cette voie permettra la possibilité de faire d’une angoisse de morcellement une angoisse désirante, cette démarche se jouant dans la grande majorité des entretiens préliminaires où le début de l’affaire consiste déjà à ne pas répondre au présent, seulement, mais de proposer au sujet de se raconter, une histoire.

Ce qui permet de le penser, réside dans l’épreuve de la clinique, où finalement les analysants ont pu, eux, sous couvert d’un transfert analytique se soustraire suffisamment au discours ambiant pour en être globalement préservés et en mouvement.

Newsletter Fedepsy Mai 2022

Comment éviter la guerre ?
Une histoire de tiers

Jean-Richard Freymann

31 mars 2022

 

Malgré la guerre (!), il faut nous pencher sur les questions de racisme et d’antisémitisme1. Je vois en effet que la guerre est un délire et pas seulement d’un seul2 !

Nous, les enfants de « l’après-guerre », nous sommes confrontés à la guerre tout court… inside.

De plus les distances se rapprochent, la guerre est à nos portes européennes et on ne peut pas l’oublier. Plus facile de refouler ce qui se passe en Afrique, en Asie, voire en Chine où l’on ne se prive pas d’asservir jusqu’à des peuples entiers. Et que vient faire le psychanalyste de ces cascades de remaniement des signifiants et des signifiés ?

Chaque guerre a des conséquences, non seulement sur l’histoire de l’humanité mais aussi sur chaque individu personnellement. À cet endroit, je me rappelle une mélodie que susurrait un de mes grands-pères (Freymann) qui correspondait aux souvenirs des tranchées de 1914-1918 où, à côté d’un ami, dans les tranchées, il aurait entendu son voisin qui sifflotait cet air avant de prendre une balle sur le front. Aujourd’hui je recherche cette mélodie que j’avais retrouvée à une certaine époque en entendant un concerto de Mozart. Que reste-t-il, non seulement de nos amours, mais de nos chers morts ? Le Mythe de ce grand-père se poursuit puisque le grand-père « Prosper » aurait pris sous son aile sa nièce orpheline, devant le cadavre de ses parents. « Prends les affaires de cette petite », aurait déclaré Prosper, et il a élevé cette enfant. Où va-t-on chercher quelque mélodie, quelque slogan sinon dans le discours de l’Autre : l’inconscient est transgénérationnel. Bref on ne fait que happer quelques extraits. Quelques traits unaires, quelques sourires, quelques souvenirs… cela se reconstitue comme un puzzle, mais qui, chaque fois, s’enrichit.

Mais à côté de ce jeu de « glance », il nous reste aussi quelques malveillances que l’on a produites, quelques fautes de jugements qui nous reviennent, quelques injures que nous aurons proférées.

Ce qui nous manque parfois c’est un fantasme, ou un délire qui nous permettrait de refaire la scène. Ou une sorte de remake de la scène que l’on aimerait corriger.

Les fins de cure analytique lèvent l’oubli et permettent un autre oubli. Et les fins d’analyse permettent de nouvelles pages blanches. Mais la plupart des ex-analysants ne supportent pas cette page blanche. Alors « destitution subjective3 », désêtre, identification au manque, changement de discours, voici de nombreuses expressions qui disent la visée d’une psychanalyse, mais rassurez-vous, visées rarement atteintes dans la pratique. On préfère se gorger de transfert, de montrer de l’hyperactivité plutôt que d’accepter son sort « d’être boitant4 », de parlêtre castré. On aime tant la « castration » comme concept de l’asymptote. Et il suffit que l’analysant se frotte un peu à la séparation lacanienne (separareseparere), pour que l’on se gausse de la « faim de cure ».

Dans « Analyse fini et infini5 », Sigmund Freud se montre d’une modestie inouïe, alors qu’il laisse ses élèves tricoter des fins d’analyse de tous poils6.

Comme nos aînés, j’ai souvent envie de dire à nos jeunes collègues de pousser le bouchon analytique le plus loin possible. Ce qui n’est pas prétentieux en ce sens que l’on a envie de transmettre : « Ne ratez pas une sortie de cure… », buvez le vin tant qu’il est sorti du tonneau.

Quant à l’analyste « didacticien », il est confronté à la question de la déception.

Beau sujet, la déception !

Peut-être que l’on attendait trop d’Icare7 ! Il s’est envolé trop haut vers le soleil, avec le risque de se « cramer » les ailes. Comment rester à bonne distance des soleils ? Si l’on vole, c’est que quelqu’un nous a appris à voler, que faire ensuite de cette dette ? Si elle n’est pas réelle, au moins qu’elle soit symbolique. Dieu merci, j’ai perdu la goût pour la déception, qui est pleine de rancune. « Que serais-je sans toi ? », comme disent les amoureux.

Quand on a côtoyé la mort (sans le savoir), on tire une expérience de revenant ou peut-être de fraîcheur pas tellement juvénile, mais jeune ? Cela donne encore plus l’envie d’écouter l’autre, dans sa différence, dans ses traits de créativité. Encore faut-il avoir fait le deuil du « Caligula » en soi, que l’on repère si bien en l’autre et que l’on laisse tomber pour éviter la guerre.

Alors « La guerre de Troie n’aura pas lieu8 » ? À l’analyste de réintroduire de la triangulation dans un monde « sans foi ni loi ». Comment l’enfant peut-il perdre de la jalousie9 ?

1 Groupe de travail sur « Racisme et Antisémitisme » dans la cadre de l’Université de Strasbourg, dirigé par Jean-Richard Freymann et Frank Hausser.

2 J. Lacan, De la psychose paranoïaque dans ses rapports avec la personnalité, Paris, Seuil, 1975.

3 J. Lacan, « Proposition du 9 octobre 1967 » dans Ornicar, 1978.

4 L. Israël (1989), Boiter n’est pas pécher. Essais d’écoute analytique, Toulouse, Arcanes-érès, 2010.

5 S. Freud (1937), « L’analyse avec fin et l’analyse sans fin », Résultats, Idées, Problèmes II, Paris, Puf, 1985.

6 J.-R. Freymann, « Les fins d’analyse après Lacan » dans Esquisses psychanalytiques.

7 Voir Dictionnaire de la mythologie, « Icare ».

8 J. Giraudoux (1935), La guerre de Troie n’aura pas lieu, Paris, Grasset, 1967.

9 S. Leclaire, On tue un enfant, Paris, Seuil, 1975 ; S. Freud (1919), « Un enfant est battu. Contribution à la connaissance de la genèse des perversions sexuelles », Névrose, psychose et perversion, Paris, Puf, 1997.

Éros ou Thanatos?

Martin Roth

28 mars 2022

Rappelez vous la lyrique et émouvante fin du texte « Malaise dans la civilisation » : « il leur (aux hommes) est facile de s’exterminer les uns les autres jusqu’au dernier. Ils le savent, d’où une bonne part de leur inquiétude actuelle, de leur malheur, de leur angoisse. Il faut dès lors espérer que l’autre des deux puissances célestes, l’éros éternel, fera un effort pour l’emporter dans un combat contre son non moins immortel adversaire. Mais qui peut prédire le succès et l’issue ? »

Le qualificatif d’éternel nous situerait-il dans le mythe de l’éternel retour ? Condamnés à la dualité pulsionnelle et à ses avatars!

Si Éros est ouverture vers l’altérité, Thanatos vise l’extinction de celle-ci. L’altérité c’est l’autre, l’étranger, celui qui me rappelle que je ne suis pas seul, que je ne suis pas le seul. C’est aussi les alter ego, presque-égaux, ceux qui portent « la petite différence » qui entraîne tant de rejet, de haine et de jalousie. Il n’est pas anodin que l’autre soit souvent incarné par le tout proche, le voisin, celui qui pourrait très bien être moi. Il s’agit alors pour m’en distinguer de marquer au fer rouge la supposée différence. Mais quelle est cette « petite différence » ? Ne serait-ce pas un certain rapport au manque ? Celui que justement je ne m’autorise pas et que je projette sur l’autre ? Ainsi, l’altérité serait également l’Autre en moi : le sujet de la psychanalyse justement ! Lacan ne nous prévenait-il pas que celui qui avancerait, boitant, sur le chemin de son désir, le ferait seul et que tout n’y serait pas rose ?!

Ah ! J’oubliais dans la formule freudienne un terme important : narcissisme des petites différences. Ce terme nous renvoie à l’ « Ego surdimensionné » dont parlait Jean-Richard Freymann dans l’Édito du mois dernier. L’Ego se déploie et ne supporte pas qu’on se détache de lui : le manque pressenti dans cette séparation n’est pas symbolisable. Il s’agit donc soit de contraindre l’autre à faire partie de l’Ego, soit de l’éliminer. La conflictualité est évacuée au profit du seul conflit. La pulsion de mort vise l’aconflictualité. C’est dans la baisse de la tension que Freud situe le sentiment de plaisir. Plaisir ou jouissance ? Certains jouiraient-ils de la guerre entre les deux pulsions ? Je rappelle au passage que nous avons tous un narcissisme… à dimension variable…

Le tyran, qu’il soit père ou mère, supportera-t-il l’autonomisation/ différenciation de son enfant ? Ou considère-t-il l’enfant comme une partie de lui-même, un prolongement de lui-même ? Quel cas fait-il de l’autre qui participe de l’engendrement ? C’est en apprenant que son fils le remplacera (on peut l’entendre de différentes manières) que Laïos exigera qu’Œdipe soit éliminé. Et Dédale offre des ailes à Icare qui en mourra. Œdipe, avant d’être parricide, est victime d’infanticide. Icare se brûle les ailes en tentant de réaliser le fantasme paternel. Hum hum, le vœu plus ou moins inconscient d’infanticide précéderait-il celui du parricide ?!

Le mythe présente ce qu’il en serait du destin du névrosé s’il n’était limité par le fantasme. En effet, le mythe présente la version actée, la version réalisée du fantasme. L’absence de délimitation par le fantasme pousserait vers l’illimité. Et le fantasme, contrairement aux idées reçues, se construit avec l’autre. L’autre sous ses différentes formes : l’alter ego, l’Autre, mais aussi l’autre pulsion. L’approche analytique ne vise pas à éliminer l’autre qui gène, le symptôme ou le fantasme en l’occurrence, mais bien de « faire avec ». La boucle est bouclée : la dualité pulsionnelle persiste, et nous réécrivons alors notre titre :

Thanatos et Éros

Newsletter Fedepsy Avril 2022

« Pourquoi la guerre ? »

Le présent comme naguère

Jean-Richard Freymann

7 mars 2022

Les paramètres causaux sont nombreux, les interprétations politiques fourmillent. Il n’en demeure pas moins qu’un seul dirigeant peut provoquer une « cascade des remaniements », non pas des signifiants, mais du réel.

Qu’est-ce qui permet que la folie d’un seul peut déchaîner des conflits mondiaux ?

La vraie question particulière est simple : chacun va-t-il mourir sous les bombes ou sous la bombe ?

Alors, nous avons par ailleurs une autre question : à quoi sert-il de continuer à parler avec un fou désaliéné alors qu’il fracasse réellement un pays entier ?

Et si l’on cherche une leçon de courage, regardez les Ukrainiens et leur Président !

De quelle symbolique s’agit-il quand, dans ces conditions, on continue à essayer de parler. Tout le monde avec cette énorme table entre Poutine et Macron…, j’ai donné à quelques-uns mon interprétation schreberienne de cette rencontre (silence). Mais notre Président a su affronter « le non-rapport sexuel » au niveau du langage. Chacun parlait dans sa ligne de course, rien ne se rencontre… sinon… je vous laisse deviner…

Quelle horreur !

Comment un humain peut-il ainsi fracasser l’humanité ? Il est une réponse possible : voici l’effet d’un délire qui pourtant ne se confond pas avec le mensonge affirmé : « C’est la faute de l’OTAN qui l’a attaqué. »

J’ai suivi sur ARTE l’émission consacrée au Président Poutine et un journaliste raconte et filme son ascension au pouvoir (document officiel). On y voit sa relation originaire avec le Président Boris Eltsine dont le visage a l’air aussi déformé par la Vodka. On y voit d’emblée le refus de sa propre reconnaissance, de son origine, de ce qu’il doit au Président Eltsine.

Quel est le contenu latent de refuser son origine et sa filiation ? Nous dirions le « déni de la réalité » qui est d’un autre bois que le déni de la castration (Verleugnung) –  voir le livre de Jean-Richard Freymann sur Les mécanismes psychiques). Ce qui a pour effet un retour dans le réel marqué d’irréel. En tout cas un monde halluciné, marqué d’irréel. Ce qui provoque une déshumanisation en acte quand on a le pouvoir. Quand on dit « le pouvoir corrompt », on rompt le Moi de l’individu, au profit d’un Ego surdimensionné, qui a forclos la culpabilité. Rappelez-vous la culpabilité délirante du mélancolique.

Nous avons  le plaisir  de vous présenter le numéro 6 (mars 2022) de La Lettre de la FEDEPSY :

Newsletter Fedepsy Mars 2022

 

Voici le numéro 5 (février 2022) de La Lettre de la FEDEPSY :

Newsletter Fedepsy Fevrier 2022 – web

Editorial de Jean-Richard Freymann  – La Lettre de la FEDEPSY  Janvier 2022

1ère partie

Pardonnez-moi les amis…
j’hésite et je rêve de ne pas comprendre

Jean-Richard Freymann

12-12-2021

Est-ce que cela vaut vraiment la peine que je me mette à écrire des éditoriaux, ou quelques livres destinés à des salons du livre ou à des amis collègues qui souvent ne sont en rien objectifs ?

Je suis obsédé à ce sujet par Morvan Lebesque1 ; chaque semaine, à une certaine époque, j’attendais la nouvelle édition du journal satirique Le Canard enchaîné et son éditorial. Il va falloir que je m’y remette.

J’étais en vacances dans le sud avec mes parents… 15 ans à l’époque… et mon paternel avait reconnu Robert Treno2, le directeur de la publication du Canard enchaîné. Il lisait une compulsion de Morvan Lebesque et dans ma candeur (de l’époque) je voulais obtenir un autographe dudit Treno, sur le livre de Lebesque. Treno repousse cette proposition en me disant : « J’aurais bien aimé, mais c’est impossible. » … Pas de falsification… Eh oui on ne mélange pas « les torchons et les serviettes » ou « je ne le mérite pas » ou « comment confondre une énonciation avec l’autre ».

Pour moi ce serait plutôt comment parvenir à un Panthéon des Écrivains ? Je pense à d’autres auteurs : Arthur Rimbaud, Franz Kafka, Serge Leclaire ,et à certaines tranches de Jacques Lacan et de Lucien Israël. Je m’arrête là pour aujourd’hui. Et je vois que Cyrielle, Martin, Guillaume s’en approchent. Comment rêver d’une écriture qui persiste ? Mais de quoi s’agit-il ? Et quel rapport avec le champ analytique ?

Je me rappelle les injonctions de Lucien Israël, pourtant un grand spécialiste de l’oralité, s’écriant à propos d’un texte sur la conversion psychosomatique : « Remets-toi mille fois en chantier. » Lucien Israël ne voulait pas que l’on confonde rsi (en minuscules) avec RSI (en majuscules) : les signifiants quoi !

Pour écrire il faut à la fois respecter les maîtres et à la fois leur avoir échappé.

Alors, « l’écriture du rêve, Schibboleth de la cure analytique ? » Voici un condensé dont il va falloir que je me justifie.

L’écriture est à la fois un Einfall et une élaboration synthétique. Pourtant l’écriture dont je parle est la production du cor de Roland à Roncevaux. Proche du cri, d’une énonciation pure ; ni symptôme, ni sinthome. Une certaine musicalité du désir, une approche ultime dans l’adresse.

Alors cette écriture touche plus l’analysé que l’analysant. Le participe présent secoue le participe passé. Qu’y a-t-il entre le présent et le passé ? Un temps rétroactif.

« Je lui arracherai les yeux3 »

« Yeux vidés auxquels il manque le regard4 »

« Un couteau sans manche auquel il manque la lame »

« Frères humains qui après nous vivez5… »

Un écrit peut-il être testamentaire dans le sens de la transmission et non notarié. En se rapprochant du testamentaire, on quitte la dimension analytique qui doit flotter sans objet. Tenter un parler vrai, sans que pourtant on soit garanti de la compréhensibilité de sa parole.

« Ce que tu as hérité de ton père, habite-le. »

Ces approches manquent de simplification, nous devrions tomber sur une écriture de type « famillionnaire » – « motus et bouche cousue » –…où l’inconscient retrouve ses droits.

« L’inconscient est la trace de ce qui opère pour la constitution du sujet » (voir le texte de la « convention psychanalytique »).

Question : En fétichisant le con-texte n’a-t-on pas perdu le texte hiéroglyphique ? « Ça rêve de ne pas se comprendre. »

PS : Vous n’avez pas fini de supporter mes éditoriaux qui gardent une couleur onirique.

1 Morvan Lebesque (1911-1970), journaliste et essayiste français, chroniqueur au Canard enchaîné entre autres.

2 Robert Treno (1902-1969), journaliste, rédacteur en chef du Canard Enchaîné de 1953 à 1969.

3 J. Lacan, « Motifs du crime paranoi?aque : Le crime des sœurs Papin », dans De la psychose paranoi?aque dans ses rapports avec la personnalite? suivi de Premiers e?crits sur la paranoi?a, Paris, Le Seuil, 1975.

4 Patrick Süskind (1988), Le pigeon, Livre de poche.

5 François Villon, La balade des pendus.

 

2e partie

Et si l’on parlait de la formation des analystes

Jean-Richard Freymann

Président de la FEDEPSY

20-12-2021

 

1. Esprit

On dirait des gros mots, mais plus intéressants que les baratins politiques échangés, qui pourtant voulaient une idéologie souvent tendancieuse.

À l’époque de Morvan Lebesque (voir l’éditorial précédent), l’équipe du Canard Enchaîné ne se contentait pas de chercher les tendances à droite ou à gauche. Ils en voulaient surtout à Charles de Gaulle qui flirtait avec un autoritarisme, sans dire le nom.

Ce qui me plaisait beaucoup à cette époque c’était l’équipe du Canard Enchaîné et de Charlie Hebdo qui tenait à une différenciation que l’on n’entend plus : il y a un esprit de gauche et un esprit de droite.

Les discussions avec François Cavanna1 ne facilitaient pas les choses et chaque éditorialiste avait sa petite région privilégiée.

Risquons-nous : l’esprit de gauche a-t-il à voir avec l’ouverture à l’inconscient ?

2. Surmoi analytique

J’étais – du temps de la « Convention Psychanalytique » – fasciné et terrorisé par les positions de Moustapha Safouan sur la formation des analystes2. Pour être cynique la plupart de mes maîtres sont à présent décédés et je vais pouvoir me lancer dans des critiques et dans des reprises.

J’ai beaucoup aimé Jacques Lacan et son inventivité, j’ai adoré Moustapha Safouan et sa rigueur et Jean Clavreul et son ouverture, souvent imprégnée.

Lucien Israël « mon maître » ne s’est pas beaucoup avancé dans ladite formation des analystes en proposant ses créations hystériformes. Celui qui m’a peut-être beaucoup appris c’est mon cousin, Serge Leclaire, grâce à son écriture brillantissime. Et pourtant nous verrons que ses conceptions sur la formation des analystes ne rejoignent pas toujours celles de Lacan.

Ainsi je voudrais renouer avec les actes de courage du passé, mettre sur le chantier les différentes conceptions de fins d’analyse. Ne pas hésiter à oublier les héritiers et « charger la mule » du côté de la pratique de l’analyse aujourd’hui.

3. Souhaits littéraires

Je souhaiterais que chacun des participants à mes séminaires lise ces textes et ouvrages incontournables :

  • La direction de la cure… de Lacan3
  • Les fins d’analyse » après Lacan4
  • Analyse finie et infinie de Freud5
  • Psychanalyser6, On tue un enfant7, Démasquer le réel 8de Serge Leclaire.

Pour entendre une fin d’analyse il faut soi-même avoir été confronté à sa fin de cure (qui peut durer longtemps). D’un côté je veux réactualiser les fins d’analyse, de l’autre je veux que l’on réponde aux contextes des fins d’analyse et qu’on différencie les fins de cure des fins d’analyse. Repenser le contexte c’est remettre sur le chantier les mythes d’aujourd’hui et repenser la culture d’aujourd’hui.

Autrement dit se battre contre la bêtise du discours commun, créer des forums (fori) où nous allons interroger les auteurs à la mode pour chercher les discours latents.

Diable ! Les analystes seront devenus des reporters… assumons-en le risque.

Créer du texte à partir d’un contexte s’avère souvent insupportable.

4. Supervision

Je ne sais pour quelle raison je me rappelle un des premiers contrôles chez Lucien Israël où je racontais que la jeune femme que j’avais en traitement ne faisait que répéter « mon mari n’a rien à me dire, il me dit toujours ”demain ce sera mieux” ». Et Lucien Israël de scander : « Parfois ce n’est que ça l’analyse. Tu rêves d’un au-delà de la répétition. »

À quel point Lucien Israël était-il précurseur des conceptions sur les répétitions de François Perrier ! Quant à moi je ne suis pas loin de penser que la « fin d’analyse » c’est souvent la « faim de l’analyse » et c’est le plus dur à maintenir.

Autrement dit, maintenir du « désir de désir ». La question serait alors surtout : comment fait-on avec la répétition et l’automatisme de répétition ?

Je penserais aujourd’hui qu’une fois qu’on a repéré un « fantasme fondamental » le loup est dans la bergerie ou plutôt, enfin le sujet se réveille – parfois.

Donnons des exemples :

  • « L’horrible supplice de l’Homme aux rats »
  • « Dora qui suce son pouce »
  • « L’homme au loup et son rêve »
  • « Le crime des sœurs Papin »
  • « Le cas Aimé »

Que la fête reprenne ! Avec vous… pour la nouvelle année.

1 F. Cavanna (1923-2014), écrivain, journaliste.

2 M. Safouan, Le transfert et le désir de l’analyste, Paris, Le Seuil, 1988 ; et Jacques Lacan et la question de la formation des analystes, éd. Hermann, 2021.

3 J. Lacan (1958), « La direction de la cure et les principes de son pouvoir », Écrits II, Seuil coll. « Points Essais », 1999.

4 J-R. Freymann, « L’advenir des fins d’analyse après Lacan », Esquisses psychanalytiques n°15, printemps 1991. On trouve ce texte plus récemment dans J-R. Freymann, L’art de la clinique, Arcanes-érès, 2013.

5 S. Freud, L’analyse finie et l’analyse infinie, puf, coll. « Quadrige », 2019.

6 S. Leclaire, Psychanalyser, Seuil, 1968.

7 S. Leclaire, On tue un enfant, Points essais, 1975.

8 S. Leclaire, Démasquer le réel, Seuil, 1971.

 

Nous avons  le plaisir  de vous présenter le nouveau numéro de La Lettre de la Fedepsy :

Newsletter Fedepsy Janvier 2022 – web

Précision : la note n°11 à la page 4 de la Lettre (version pdf) induit une erreur, la référence exacte est :

J-R. Freymann, « L’advenir des fins d’analyse après Lacan », Esquisses psychanalytiques n°15, printemps 1991. On trouve ce texte plus récemment dans J-R. Freymann, L’art de la clinique, Arcanes-érès, 2013.

Editorial de Jean-Richard Freymann  – La Lettre de la FEDEPSY  Décembre 2021

“L’amour comme sa-parure”?

Editorial Lettre de la Fedepsy déc 2021 JRF

Editorial de Jean-Richard Freymann  – La Lettre de la FEDEPSY  Novembre 2021

Ce texte est dédié à P. Jamet qui m’a enseigné la castration réelle.

« Le temps d’apprendre à vivre, il n’est pas trop tard ».

Le chemin de la singularité est si dur que nous pouvons remercier Cyrielle Weisgerber et tous ses collègues d’offrir ce nouveau lieu d’écriture. Vive « La lettre de la FEDEPSY » !

Aujourd’hui, je profite de cette lettre pour remercier ma femme, ma famille et tous mes amis pour avoir été présents tous ces mois de ma longue maladie. J’ai été frappé par le fait que chaque analyste de notre groupe a été présent dans sa fonction.

De plus, nombre de jeunes analystes sont entrés dans nos rangs : bravo à chacun de ceux qui se sont « autorisés ». La question est là, l’écriture peut-elle rendre compte de cet acte inouï de l’autorisation ? De quoi s’agit-il ? D’un essai renouvelé de faire état de sa singularité.

Dans cette nouvelle publication, se préparent nos VIèmes Journées qui seront soutenues par le Conseil Régional, et le développement de nos activités qui se multiplient.

A présent, il nous faut aboutir : que chaque séminaire, activité, rencontre puissent se lire dans ce présent journal. Nous voulons entendre de nouvelles activités et que chaque analyste reconnu fasse part de son témoignage de son rapport à l’inconscient et à la psychanalyse.

Les quelques-uns qui ont « quitté le navire » ont pris le contre-pied du témoignage à la psychanalyse. Je me demande comment ils s’en sortiront avec la question de la formation des analystes. Laissons-leur la porte ouverte de la FEDEPSY à laquelle ils ont contribué un temps.

Mes amis de travail m’ont laissé prendre le rythme de mon choix et de la reprise. A présent je reviens à la charge théorique :

  • Quelle est la fonction de l’écriture pour l’analyste ?
  • Quel est le rapport entre la « règle fondamentale » et l’acte d’écriture ?
  • Existe-t-il une écriture symptomatique ?
  • Peut-on créer une écriture sinthomale ?

J’ai eu la chance d’être absent/présent (vive le zoom!), lorsque 10 postulants ont passé leur témoignage. J’ai été ravi de constater que nos critères de l’EPS se poursuivent mieux sans les créateurs de l’Ecole. J’ai aussi constaté que mes amis de toujours étaient présents (Pierre-André Julié, Michel Patris, André Michels, Philippe Lutun…) et défenseurs de l’éthique de la psychanalyse. Je ne citerai pas tous ceux qui vont nous permettre d’aborder ces nouvelles générations tout en écoutant leurs frais apports.

Grande a été ma surprise que “l’ami” Rottner a accepté une nouvelle fois notre projet : merci à tout le Conseil Régional. Les VIèmes Journées de la FEDEPSY ont pour titre « Traumatismes, mythes et fantasmes ».

En effet, peut-on se révolter face à l’évolution du contexte culturel et du discours commun ? Où est passé « L’homme révolté » de Camus1 ? Les gens de ma génération ont choisi de fuir le débat (abstention, fuite, mépris, paranoïa souvent involutive). Alors que les élections à venir ne contredisent pas la force d’une crise/d’un cri de la révolte. Et ne nous « balancez » pas les restes de soixante-huitards endurcis. « Il n’est pas interdit d’interdire » !  mais la débilité est au rendez-vous dans les infos qu’on nous balance.

Aucune éthique du désir, chacun se lâche dans des slogans simplistes d’extrême-droite, refuse les différences de conception des différentes générations. « Le Triste Savoir » (cf Friedrich Nietzsche2) est au rendez-vous. A force de pleurer sur la « Belle Epoque perdue », on se débrouille pour ne pas écouter les nouvelles générations qui s’inscrivent en faux par rapport au « Travail-Famille-Patrie » pétainiste ou New-Look.

Il nous faut repenser l’écriture comme moyen de faire état de ses expériences analytiques et de l’inconscient, sans pour autant exhiber son savoir éculé et pour permettre que les mystères de l’analyse persistent, énigmatiques.

Le destin m’a laissé en vie, grâce à plusieurs sauveurs qui se sont distingués. A présent je voudrais soutenir pleinement la fonction de « passeur » dans l’institution analytique ainsi que celle de celui qui, sur sa petite barque, aide le jeune questionnant à passer sur l’autre rive énigmatique.

Le temps présent combat la maladie, « Le temps d’apprendre à vivre, il est déjà trop tard » (Léo Ferré). Le temps c’est la débrouille avec le transfert analytique.

                                                                                 Jean-Richard Freymann, novembre 2021

1 Albert Camus, L’homme révolté (1951), Paris, Gallimard Folio, 1985
2 Friedrich Nietzsche, Le Gai Savoir (1882), Paris, Flammarion, 2020

La Lettre de la Fedepsy Novembre 2021

 

Voici la newsletter d’octobre de la FEDEPSY qui présente les activités 2021-2022.

Newsletter Fedepsy Octobre 2021

Pour tout renseignement : fedepsy@wanadoo.fr

Après un temps de latence la préparation du prochain congrès “Traumatismes, mythes, fantasmes” (FEDEPSY-Région Grand Est) reprend…

Voici le texte de l’intervention de Jean-Richard Freymann lors du séminaire “Traumatismes, mythes, fantasmes” du vendredi 30 avril 2021

Nos mythes préférés

I – Reprise

Il est important d’arrêter de confondre le surmoi et l’idéal du moi. D’autant qu’en termes freudiens l’idéal du moi est la question vue du côté symbolique et le surmoi est l’agent opérateur, néanmoins violent, entre l’idéal du moi et le moi. Le surmoi est la machine à fracasser cet écart-là.

Je pense qu’on est dans un mythe intéressant chez Freud, autour de 1914, où il s’agit de différencier le moi idéal de l’idéal du moi. Or cela ne marche pas, c’est la traduction qui ne marche pas. Autant le moi idéal aurait à voir avec la dimension de l’imaginaire chez Lacan, autant l’idéal du moi serait l’instance symbolique chez Lacan. C’est la question sur laquelle nous allons buter. Quand on parle de mythologie, on est où dans la question de la mythologie individuelle ou dans la mythologie vue du côté des mythes à l’intérieur d’une société donnée.

II – Synchronie et diachronie mythologique

Avec Lucien Israël j’avais commencé à travailler le sujet. La question mythologique comme science est toujours transgénérationnelle, on est dans la diachronie. Dans la traversée de différentes époques on est dans une synchronie. Alors que ce qui nous intéresse avant tout c’est le mythe individuel du névrosé qui est dans la synchronie, on est dans la question du discours, du sujet, du savoir, et du signifiant maître pour un individu donné. Nous étions arrivés à l’idée que ce qui est le plus proche du mythe, c’est la question du fantasme. On pourrait ainsi définir la psychanalyse, la définir comme la quête, la recherche du mythe singulier qui est avant tout inconscient (aussi préconscient et conscient). Le but de l’analyse serait de faire apparaître le mythe individuel du névrosé et, dans un second temps, d’arriver à le dépasser, à savoir ne pas être dans la répétition ni dans sa vie, ni dans son fonctionnement, ni dans son discours. Je crois que cette définition est assez intéressante. On peut définir le cheminement analytique à partir de la place du mythe, ce d’autant plus que ce qui se passe dans un certain nombre de fantasmes de fin d’analyse est certaine traversée où on va faire naître de nouveaux mythes avec des effets plus ou moins importants. L’analyse pourrait se définir pas seulement comme une traversée du fantasme mais irait au-delà de la mythologie dans laquelle on a été pris, sans faire abstraction de l’univers familial, sociétal, religieux…

III – Les éléments classiques du mythe

Avec du recul l’histoire du mythe tourne toujours autour des mêmes éléments fondamentaux, à savoir la question de l’abandon, la question de la re-création du monde, la question de la scansion du temps. On est toujours très proche du mythe de Sisyphe, qui fonctionne bien entre l’individuel et le collectif et qui en plus interroge la question de la répétition et insiste sur cette question de répétition. On peut aussi reprendre Œdipe roi, Œdipe à Colone. Ce qui m’a beaucoup inspiré c’est l’histoire autour de Médée, d’Antigone, de Job. Il s’agit là de mythes très passionnants mais, à faire une recherche autour de quel mythe a marqué Freud, on en viendrait à l’histoire du chapeau du père de Freud (c’est dans un rêve où Freud se promène avec son fils. On lui fait tomber son chapeau… on le traite de sale juif… le papa a remis son chapeau et a continué son chemin…). Dans toute sa chronologie, Freud n’arrive pas à se débarrasser de la question du père, contrairement à Lacan qui avec son histoire de phallus aura réussi à se débarrasser de la question du père.

Avec Lucien Israël et Jean-Pierre Bauer je voulais mettre à l’épreuve une formule un peu personnaliste : la psychanalyse aurait pour but la création de la naissance de son propre mythe et sa traversée consisterait à s’en séparer.

IV – Mythe et cure analytique

L’exemple classique : en faisant votre passe, savoir quel est le fantasme fondamental des gens (Moustapha Safouan a bien développé cette question) c’est de tomber sur un jugement d’impossibilité. Exemple qui était donné : que je sois le père du père, ou que je sois le héros de mon père. On pourrait dire que l’idée de mythe consiste aussi à donner une consistance à un jugement d’impossibilité. Le mythe lui-même est une structure langagière que l’on peut prendre à partir d’une certaine persistance, proche de la structure. On peut parler de persistance trouée, de persistance à éclipse. Cela met en place une histoire, une fable, et en même temps on montre que la mort apparaît ou que les personnages vont changer. On peut parler de l’histoire de Dora, quelle partouze ! Mais la finalité est que cela a permis à Freud de travailler la question du rêve dans la cure. Les cinq psychanalyses permettent de savoir comment les processus primaires vont pouvoir être utilisés dans la cure elle-même.

On avait à travailler la question suivante : dans cet espace mythologique de quel discours s’agit-il ? En référence aux quatre discours est-on dans un discours hystérique, analytique, universitaire ? Le grand thème de l’époque, et qui me semble assez juste, c’est avant tout le discours du maître :

Legendre avait pris ce modèle du discours du maître. On serait dans l’idée que le mythe est animé par un S1 qui va développer un dispositif de savoir, de connaissance, ou d’époque. Entre ces différents intervalles et le sujet qui s’infiltre la question du petit a aurait à voir avec l’énigme qui est le contenu latent du mythe. Il est intéressant de dire qu’il s’agit d’une position de reste, de mystère, ou de trou. Il y a du S1 qui produit du savoir, le sujet va en faire quelque chose et cela provoque une sorte d’énigme universelle. J.-P. Vernant, dans son ouvrage L’univers, les dieux et les hommes, fait passer un discours, en demandant ce qu’est un mythe classique. C’est avant tout une invention grecque qui cheminerait entre le savant, la science et le poète. Le point très important est que le mythe a à voir avec la représentation de la tradition orale. Le mythe circule, il traverse. Et tout cela intègre la question des souvenirs populaires, la question des poésies et celle des reprises des fables et des légendes. Cela veut dire qu’on tombe à peu près sur la même chose, le mythe ­ de manière unitaire ­ introduit un discours fermé qui en même temps est troué en raison de l’objet a. On se trouve dans le discours du maître qui est toujours en évolution.

V – Mythe et discours du maître

Je vous rappelle que pour Lacan le discours du maître c’est « l’envers de la psychanalyse ». C’est à partir du mythe qu’il a pu créer le discours analytique. Cela veut dire que pour tomber dans une « logique du fantasme » il faut travailler la mythologie. Ces signifiants maîtres sont dans le fond assez peu nombreux. La structure qui tient l’ensemble est pauvre. Il y a le signifiant maître de l’origine (Moïse, Œdipe roi), le signifiant maître de la mort (Antigone, Œdipe à Colone, Médée, Caïn et Abel…), de l’amour (Roméo et Juliette…), mais nous avons l’histoire du mythe individuel du névrosé. Lacan interroge la question de l’amour et celle de l’oracle. Cette dimension oraculaire est fondamentale dans le mythe. Il y a aussi tout ce qui tourne autour des transformations et des effets de monstruosité.

VI – Épilogue

Pour conclure, le mythe est une sorte d’architecture première, qui prend la forme de la structure d’un discours, discours mouvant qui ne reste pas en place mais qui nous permet de travailler l’articulation pour l’analyse entre S1 et le fantasme en particulier, et toutes les questions des fins d’analyse. Si l’on prend la structure du fantasme, S  a, le travail de l’analyste va être d’introduire cette signification fermée dans l’ensemble des chaînes signifiantes.

La chance pour la société de sortir du bain culturel absurde qui fonctionne actuellement serait de réussir à refaire circuler des mythes en osant un certain nombre de traversées.

Jean-Richard Freymann, avril 2021

Bibliographie 

J.-R. Freymann, L’inconscient, pour quoi faire ?, Toulouse, Arcanes-érès, 2018.

J.-R. Freymann, Les mécanismes psychiques de l’inconscient, Toulouse, Arcanes-érès, 2019.

J.-R. Freymann, Amour et Transfert, Toulouse, Arcanes-érès, 2020.

L. Israël, Boiter n’est pas pécher, Toulouse, Arcanes-érès, 2010.

J.-P. Dreyfuss, J.-M. Jadin, M. Ritter (1996), Qu’est-ce que l’inconscient ? Tome I, Toulouse, Arcanes-érès, éd.poche, 2016.

J.-P. Vernant, L’univers, les dieux, les hommes : récits grecs des origines, Le Seuil, 1999.

 

Hommage à Moustapha Safouan – III

Je crois qu’il est important de mettre ici l’hommage de C-R. Rath à Moustapha Safouan dont il avait fait la connaissance à Strasbourg. Nous avions échangé au 26 rue Sleidan.

Jean-Richard Freymann

CD Rath En souvenir de Moustapha Safouan

Hommage à Moustapha Safouan – II

Pour rendre hommage à Moustapha Safouan et produire des effets de transmissions aux jeunes générations, nous avons décidé de publier 2 interviews – qui nous ont laissé bien de la nostalgie.

Vous pouvez “nachhäglich“, dans l’après-coup, y faire écho .

Jean-Richard Freymann

Hommage à Safouan (texte de 2014)

Hommage à Safouan (texte de 1990-2012)

DEUIL

Nous avons la tristesse de faire part du décès de Moustapha Safouan (1921-2020). Il a été un des élèves les plus connus de Jacques Lacan. Il a traduit la Traumdeutung en arabe et il a formé nombre de psychanalystes, surtout à Strasbourg où il avait été adressé comme didacticien.

Il a écrit de nombreux ouvrages et fait avancer la théorie psychanalytique. Une fois à Paris, il a participé à tous les travaux du mouvement psychanalytique, et ce jusqu’aux derniers moments.

À Strasbourg, nous préparerons plusieurs journées – après le confinement – pour rendre compte de son œuvre marquante pour toute personne souhaitant se repérer dans la psychanalyse et la philosophie.

Il a été avec Jacques Lacan, Lucien Israël, Jean Clavreul, Jean-Pierre Bauer, Marcel Ritter, Jean-Marie Jadin et Michel Patris ceux qui m’ont marqué dans ma formation.

Proposons trois de ses ouvrages :

  • Malaise dans la psychanalyse – Le tiers dans l’institution et l’analyse de contrôle, (co-auteurs P. Julien et C. Hoffmann), Éditions Arcanes, 1995.
  • Études sur l’Oedipe. Introduction à une théorie du sujet,Paris, Seuil, 1974
  • La psychanalyse. Science, thérapie – et cause, Édition Thierry Marchaisse, 2013, réédition Folio, 2017.

Jean-Richard Freymann

J’ai demandé à mon amie Elisabeth Roudinesco de pouvoir publier son texte paru dans Le Monde numérique le 10/11/20 :

“Le psychanalyste Moustapha Safouan est mort

Traducteur de Freud en arabe et élève de Lacan, il est mort le 8 novembre, à l’âge de 99 ans. Cet érudit appartient à la troisième génération psychanalytique française qui a porté une attention constante à l’expérience clinique.

Par Elisabeth Roudinesco

Lacanien orthodoxe, travailleur infatigable, lettré, généreux, aimant la gastronomie, le plaisir de vivre et les femmes, grand lecteur de Freud et de Hegel, traducteur en arabe de L’Interprétation du rêve et de La Phénoménologie de l’esprit, Moustapha Safouan est mort le 8 novembre, à l’âge de 99 ans, à Paris. Il était né à Alexandrie, le 17 mai 1921 dans une famille de militants communistes proches du cercle d’Henri Curiel. Son père, qui enseignait la rhétorique et combattait l’analphabétisme, fut le premier secrétaire du premier syndicat ouvrier égyptien et fit de la prison pour ses idées.

Elevé selon des principes rationalistes, Safouan rêvait dès son adolescence de se rendre à Cambridge. Aussi poursuivit-il des études de philosophie tout en étudiant le grec, le latin, le français, l’anglais et l’arabe classique. C’est en 1940 qu’il découvre l’œuvre freudienne, à travers l’enseignement de Moustapha Ziwar, membre de la Société psychanalytique de Paris (SPP) et professeur à l’université, lequel lui conseille de se rendre, non pas en Angleterre, mais en France pour se former à la psychanalyse.

Elève fidèle de Lacan

Analysé par Marc Schlumberger entre 1946 et 1949, il rencontre bientôt Jacques Lacan qui deviendra son maître à penser et dont il sera l’un des élèves les plus fidèles. Il restera freudien tout en étant attaché à la lettre lacanienne – au structuralisme et à la logique du signifiant – ce qui le conduira d’ailleurs à considérer la psychanalyse comme un corpus immuable pouvant être commenté à l’infini, en dehors du contexte dans lequel elle a vu le jour. Paradoxe étonnant pour un homme qui, dans ses engagements, s’intéressait aux différences culturelles. Il formera de nombreux élèves au sein de l’Ecole freudienne de Paris (EFP), tant à Strasbourg avec Lucien Israël, son compagnon en lacanisme, qu’à Marseille en collaboration avec Jenny Aubry, sa grande amie.

Il faudrait que les peuples du monde arabo-islamique aient accès à une traduction du Coran dans une langue vernaculaire et non pas sacralisée

Connu et respecté dans le monde anglophone et latino-américain, et célèbre dans le monde arabe – où les freudiens sont rares –, Safouan est l’auteur d’une dizaine d’ouvrages portant sur la théorie, la doctrine et la clinique psychanalytique, publiés pour la plupart aux éditions du Seuil sous la responsabilité de son ami François Wahl : Etudes sur l’Œdipe (1974), La Sexualité féminine (1976), L’Inconscient et son scribe (1982).

, Dans son ouvrage Pourquoi le monde arabe n’est pas libre. Politique de l’écriture et terrorisme religieux (Denoël, 2008), traduit de l’anglais, il tente d’expliquer que pour sortir de la désespérance dans laquelle se trouvent les peuples du monde arabo-islamique, il faudrait qu’ils aient accès à une traduction du Coran dans une langue vernaculaire et non pas sacralisée.

« Par une imposture rarement égalée dans l’histoire politique de l’humanité, souligne-t-il, on s’est servi de l’ambiguïté de l’expression “successeur du Prophète” pour revendiquer le pouvoir absolu et mettre la religion sous la férule de l’Etat. Le résultat est un mode de gouvernement qui repose d’une façon intrinsèque, et non pas par accident, sur la corruption, la répression et la censure incarnée dans ladite politique de l’écriture. Tant que l’Etat réussit dans l’accomplissement de ses tâches, le régime théocratique paraît conforme à l’ordre des choses. Son échec ne donne pas lieu à une révolution mais à un terrorisme qui conteste sa légitimité même. De fait, les terroristes de notre époque appuient leur contestation sur un dogme meurtrier dont ils s’autorisent pour s’ériger en juges en matière de foi religieuse, s’octroyant ainsi un savoir que le Coran réserve expressément à Dieu. »

Transformation de la famille

Sur le plan clinique, son orthodoxie le conduisit à critiquer les transformations de la famille et notamment le mariage homosexuel et les procréations médicalement assistées. Il n’hésitait pas à affirmer que, dans la société occidentale, la psychanalyse risquait de disparaître au même titre que le complexe d’Œdipe dont il faisait le pivot inamovible de la pensée freudienne.

A la fin de sa vie, pessimiste et amer, il croyait dur comme fer que le père était en voie de disparition, réduit à un « objet partiel » ou à un « sperme » du fait de la « négation de l’union sexuelle » comme moyen de reproduction des êtres humains. Il redoutait le déclin de l’ordre familial et l’abolition du désir sexuel au profit d’une approche purement biologique de la sexualité humaine (intervention au colloque Espace analytique, 2017).

Reste que, par son enseignement, par la sympathie qu’il suscitait et par sa position politique très ferme contre l’islamisme radical, il aura acquis une aura particulière dans le monde psychanalytique international. Un vrai lacanien.

Moustapha Safouan en quelques dates

17 mai 1921 Naissance à Alexandrie (Egypte)

1974 Publie « Etudes sur l’Œdipe »

1976 Publie « La Sexualité féminine »

2008 Publie « Pourquoi le monde arabe n’est pas libre »

8 novembre 2020 Mort à Paris”

M. SAFOUAN Article Le monde E. ROUDINESCO

 

PERSPECTIVES
Je propose la mise en place de deux journées autour de l’oeuvre de Moustapha Safouan, en mai 2022 et mai 2023. Je voudrais préparer ces journées en collaboration avec les philosophies intéressés, les psychanalystes et les jeunes attirés par son oeuvre.

Pour ce faire, je vous invite à me contacter à l’adresse mail suivante : jeanrichardfreymann@gmail.com

Je me réjouis de cette perspective de travail.

Jean-Richard Freymann

 

Christian SIMATOS 

Membre d’honneur d’Espace analytique, où il animait un séminaire avec Marielle David, Christian Simatos est mort des suites du COVID à l’âge de 90 ans, en toute lucidité et avec ce courage que chacun lui connaissait. Psychiatre de formation, excellent clinicien, esthète et aimant participer à la vie de la communauté psychanalytique avec toujours la grâce et l’élégance qui le caractérisaient, il appartenait à la quatrième génération française, celle qui n’avait pas participé directement aux deux scissions de 1953 et 1964.

Analysé par Lacan en 1956, membre fondateur de l’Ecole freudienne de Paris (EFP) en 1964, puis secrétaire de 1969 à 1979, il y joua un rôle important, en recevant les candidats qui souhaitaient s’engager dans le lacanisme. Sa manière de leur poser des questions est restée dans toutes les mémoires et je me souviens de l’accueil qu’il me réserva en 1969, quand Lacan me demanda de lui rendre visite pour les « formalités ». Il voulait savoir pourquoi, n’étant à cette époque ni en analyse ni même désireuse de devenir psychanalyste, je m’intéressais aux travaux de l’EFP et de quelle manière je comptais y participer. Et au bout de quelques minutes, devant mon embarras, il me dit : « Oui, le docteur Lacan compte sur des adhésions comme les vôtres ». Et nous parlâmes du structuralisme.

A la suite de la dissolution de l’EFP, dont il conservait un souvenir vivace, il participa, en 1990, au lancement de l’Association pour une instance de la psychanalyse (APUI), auprès de Serge Leclaire. Comme celui-ci d’ailleurs, il faisait partie des rares cliniciens qui s’intéressaient à l’histoire du freudisme et à ses origines, lecteur émerveillé de l’ouvrage de Henri Ellenberger, Histoire de la découverte de l’inconscient, et toujours en quête de nouveaux savoirs. C’est avec une grande générosité qu’il m’ouvrit ses archives, en 1985, me donnant ainsi accès à de précieux documents qui me permirent d’écrire l’histoire de l’EFP.   Voici comment, en 2016, il définissait l’entrée de l’inconscient dans le processus de la cure : « Imaginez une pièce de théâtre jouée par des comédiens qui tiennent leur rôle, mis à part l’un d’eux, celui-là se tenant sur le plateau sans qu’on puisse lui reconnaitre le moindre rôle. Il habite la scène et il l’habite d’autant plus qu’on se demande ce qu’il y fait, sinon s’y poser en énigme. Ce que disent les comédiens, et ce qu’en entendent les spectateurs, est du même coup problématisé, les paroles inscrites dans le livret résonnent au-delà du texte écrit, en laissant au gré de chacun s’introduire une incertitude quant à ce qui est réellement signifié. »

Elisabeth Roudinesco

 

ÉDITORIAL

Jean-Richard Freymann

Président de la FEDEPSY 

22 octobre 2020

Quand il n’y a plus de civilisation

– Où est passé le mot d’esprit ? –

 

Nous avons à présent dépassé les « Malaises dans la civilisation » et je n’ai pas dit « Malaises dans la culture ».

L’ère n’est pas seulement dans l’épidémie mais nous venons de dépasser les limites de l’horreur : on décapite Samuel Paty, un humain, un enseignant, un citoyen, un participant aux efforts de reconquête de l’humanisation. On va plus loin que les peuples dits primitifs chez Freud qui se référait à Frazer… Même les cannibales n’arrachent pas l’humanité sans rituels et sans totems.

Tout cela a été dit avec une attente miraculeuse du politique qui jamais n’avance ni se résoud.

L’heure est aussi pour le psychanalyste de jouer son rôle face à la « désociétisation ».

« Pourquoi la guerre ? » s’évertuait Einstein après avoir inventé la bombe atomique … L’institut psychanalytique de Berlin est devenu un institut de psychothérapie, dirigé par le neveu de Goering…  Combien d’années d’emprisonnement pour Nelson Mandela pour pouvoir venir sur la scène ?…

La liste des ouvertures créatrices qui ont été payées par des massacres, la Shoah, par des génocides serait fort longue.

Et où sont passés les psychanalystes ? Souvent dans une guerre intime ou dans quelque institution. Et aujourd’hui peut-être peut-on inverser les propos de Freud quant aux métiers impossibles : gouverner, éduquer, psychanalyser, soigner… et vous pouvez en rajouter.

On a perdu en cette nouvelle ère la dimension de la « FORT MASSE ON » – de la  Formation. À savoir on a réussi à créer dans la République un culte de la médiocrité, ou pire de la « moyenneté », du « tiédisme ».

– Qui aujourd’hui a une formation politique ?

– Où sont passés les enseignants pionniers ?

– Qui ose parler de différents niveaux de pédagogie ?

– De plus on utilise le plus souvent la psychanalyse comme une technique et non pas comme « Techné », un art : une affaire de sujet, de Ichspaltung.

Les analystes ont une solution, elle s’appelle individualisation, singularisation, particularisation… et, au passage, Freud nous a appris à travailler avec les pulsions de mort, ce qui est autre chose que l’assassinat, le meurtre, les règlements de compte, le massacre.

Que dit l’éthique de l’inconscient ? Apprends à faire avec ta haine pour créer de nouveaux mots !

La question qui reste à traiter, malgré les horreurs, est comment enseigner la capacité au mot d’esprit et à la caricature… Et face à ce nouvel effroi sanglant, aucun deuil n’est possible.

– Osons la mélancolie de Dürer –

 

Indication bibliographique : « Freud s’amuse » in Charlie Hebdo – Caricature mode d’emploi, HS n°20H, nov-dec 2019 – janv 2020 (p.54)

 

Après échanges entre Jean-Richard Freymann, Frank Hausser et le Président de l’Université de Strasbourg, nous avons convenu de publier ici le texte adressé à tous les personnels de l’Université le 20 octobre 2020.

 

«  Chers étudiants, chères et chers collègues,

De nombreux rassemblements ont réuni des milliers d’entre nous, et des minutes de silence ont été organisées en de nombreux endroits du campus universitaire hier lundi. Au lieu de provoquer un début de résilience, ils ont, au contraire, encore fait monter la colère à mesure que des témoignages d’enseignants venaient briser le silence sur une réalité sourde qui, en certains endroits, est en train de saper les fondements de l’école de la République. L’horreur que nous a inspiré l’acte barbare de l’assassinat de Samuel Paty dévoile le profond malaise qui se vit dans trop de classes de nos écoles. Il nous faut aujourd’hui prendre conscience de ce que signifie cet assassinat.

C’est qu’on s’en est pris à un professeur d’histoire et de géographie dans un établissement scolaire de la République. Des parents d’élève et un prédicateur fondamentaliste ont prononcé une « fatwa » contre un professeur accusé d’insulter une religion. Cet « attentat islamiste caractérisé », selon les termes du président de la République, revêt l’horrible dimension d’une violence symbolique contre les valeurs qui fondent la France. Les commanditaires n’en sont pas une organisation terroriste extérieure, mais vivent au cœur même de notre pays.

La décapitation est une exécution ; elle se réclame d’un ordre supérieur qui prétend imposer sa loi au-dessus de celle des hommes. Quelque chose d’inquiétant, de sourd, nous éclate au visage. Notre République est en danger. Ne nous voilons pas la face. La banalité du mal fait son lit sur la misère sociale. La mort de Samuel Paty libère une parole qui nous interpelle et nous inquiète : beaucoup de professeurs des écoles, des lycées et des collèges témoignent, depuis, qu’ils sont tentés de pratiquer l’autocensure et vivent dans la peur. À leurs témoignages, de plus en plus nombreux, il faut se demander pourquoi ils ne se sentent pas protégés dans l’exercice de leur métier et leur mission d’intégration des élèves dans la République. Celle-ci, laïque et indivisible, n’est pas ennemie des religions ; elle organise et garantit la liberté de conscience de chaque citoyen.

Dans nos facultés, notre université forme les professeurs des écoles, des collèges et des lycées avec l’INSPE de l’académie de Strasbourg. À ce titre je veux d’abord vous exprimer, enseignants, chercheurs, personnels et étudiants de notre université, ma solidarité, mon estime et ma reconnaissance. Nos élèves-professeurs ne doivent pas entrer dans une salle de classe avec la peur au ventre. Si l’histoire et la géographie ou l’enseignement civique sont particulièrement exposés aux contestations en tous genres, aucune discipline n’est épargnée.

Nous ne devons plus accepter que soit dénigré le métier d’enseignant par qui que ce soit. Nous devons défendre nos « profs » plutôt que d’en faire les boucs émissaires pour tout ce qui cloche dans notre société. Puisqu’on rappelle, sur fond de terreur, qu’ils sont la pierre d’angle dans la construction de la conscience des citoyens dès le plus jeune âge, nous devons mieux les former et mettre à leur disposition les moyens de leur assurer l’exercice de leur métier sans craindre pour leur vie. Leur formation étant assurée dans l’université. Je mesure la responsabilité qui nous incombe à nous, universitaires. Nous devons armer tous nos étudiants contre les obscurantismes et les idéologies liberticides de tout acabit en les formant à l’esprit critique, à la démarche scientifique et au débat contradictoire.

Le lieu, choisi avec sa famille, où le président de la République rendra, demain mercredi, l’hommage de la Nation à notre collègue Samuel Paty est ô combien symbolique : la cour d’honneur de la Sorbonne, face aux statues de Louis Pasteur et de Victor Hugo, où depuis 800 ans reste vivante en France la liberté de conscience et de pensée. Ce lieu symbolique met l’université au cœur de ce combat pour les valeurs que nous voulons faire vivre. Avec Jean Cavaillès et Marc Bloch notre université, médaillée de la Résistance, démontre qu’on n’assassine pas la liberté de pensée. »

Michel Deneken

Président de l’Université de Strasbourg

 

ÉDITORIAL…

D’un confinement sans fin!

Bonnes vacances d’un type nouveau !

Jean-Richard Freymann

23 juillet 2020

Après le confinement, puis le déconfinement, on nous sert à présent la dimension de la menace de Re-confinement.

Au temps du confinement, le commun des mortels était pris dans la dimension de la peur – Peur du virus – Peur de la mort – Peur des séquelles…et de manière semi-paradoxale, ceux qui suivaient un travail par la parole, ont pu traverser les choses dans un temps de Durcharbeitung qui a permis de franchir ce réel marqué de menaces actives.

Dans Ephémérides (1 à 10) les auteurs ont souligné les modifications théoriques qui s’opéraient à l’insu : place de l’imaginaire, la déspécularisation, la force d’une image non trouée, une parole transformée, un langage automatisé, un accrochage univoque au leadership gouvernemental. Et la fonction des mensonges et la répétition des slogans – le rapport à la science qui s’opéraient dans le doute…

Toutes ces pistes se doivent d’être retravaillées dans l’après-coup… et nos penseurs de la FEDEPSY ne s’en priveront pas !

A la suite de l’épidémie qui se poursuit, les ressorts de la psychanalyse vont se modifier. Comment le rapport à la langue se modifie, d’une génération à l’autre, avec les effets du réel ?

Avec l’épidémie, nous avons renoué avec les soubresauts de l’humanité. Regardez la Bible ou l’histoire de l’Empire romain…les épidémies ont scandé la genèse de la civilisation.

L’épidémie de coronavirus est venue donner mondialement des coups de butoirs dans le délire scientifique de la civilisation actuelle. A savoir que s’est levé pour un temps, le déni de la mortalité humaine : le fantasme d’immortalité. La modernité et les progrès scientifiques du XXe siècle ont fonctionné sur ce déni de la mortalité repoussée, à savoir bien la perspective d’une immortalité possible. Le virus incompréhensible et intraitable est venu suspendre l’idée progressiste, malgré les scientifiques.

On peut se demander alors comment la « castration singulière » peut se repérer dans cette privation collective ? Qu’est-ce que la clinique psychanalytique restitue de ces généralités collectives et persistantes.

En France (entre autres), la période du CONFINEMENT a été branchée sur la question de la peur du virus, peur d’un objet à la fois matérialisé et dématérialisé : un objet énigmatique et (pour l’instant) indéchiffrable. Et le déconfinement a été marqué par le retour de l’angoisse libre. A savoir une crise de vide, d’agressivité, de violences et d’insatisfactions. La peur est quelque chose de la création de consistance d’un lien confiné. L’angoisse est dissociante et schizante, le désir reste en suspens.

Ceux qui n’ont pas été terrorisés par l’épidémie, ont réussi à créer des lieux de parole qui ont été utiles aux « gladiateurs du virus ». Nombre de membres de la FEDEPSY ont réintroduit de nouveaux sens à la psychanalyse en extension : avec les urgentistes, les réanimateurs, les hospitaliers, les enseignants, en dessinant des espaces tiers hasardeux…

Bonnes vacances à chacun et à la rentrée, vivace !

Réunion de rentrée

FEDEPSY-GEP-EPS-APERTURA-CAFER (présentation des activités)

Mercredi 16 septembre – 20h (par ZOOM)

inscription par mail à fedepsy@wanadoo.fr

Confinement, déconfinement et nouveautés

En ces temps si particuliers, les membres de la Fedepsy continuent à être présents…
  • pour des consultations ou séances, à distance ou “présentielles” : vous trouverez toutes nos coordonnées dans le nouvel annuaire de la Fedepsy
  • par l’éphéméride, qui se veut lieu de rencontres de textes et réflexions, invitation au dialogue et aux échanges : lisez-nous, répondez-nous, écrivez-nous ?…
  • par des ouvertures vers le champ artistique, échappées que nous vous souhaitons belles (dans l’éphéméride)
  • par la poursuite des séminaires en visioconférence et vidéo : rendez-vous le 12 juin pour la prochaine séance du séminaire de Jean-Richard Freymann “Traumatismes, fantasmes, mythes” (Inscription : fedepsy@wanadoo.fr)
  • ouverture du groupe Facebook et de la page LinkedIn de la Fedepsy
  • création de notre chaîne YouTube : assistez en différé aux dernières séances du séminaire “Fantasmes et mythes”

 

LECTURES

Le confinement se poursuit et nous savons que vous êtes toutes et tous mobilisés, personnellement et professionnellement, par cette situation inédite et particulière que nous vivons aujourd’hui et qui aura des échos bien après le 11 mai… Ce temps peut être propice à des lectures afin de nourrir nos réflexions sur tous les sujets qui animent, “en temps normal”, nos échanges durant les activités de formation que nous proposons.

En suivant ce lien  vous pourrez consulter la liste des ouvrages que nous mettons à votre disposition (collection « Hypothèses » éditée par Arcanes-érès, collection éditée par Arcanes) et éventuellement vous procurer les livres qui vous intéressent. Les livres de la collection Arcanes dont vous pourrez lire une courte présentation sont en promotion tout comme les numéros de la revue Apertura.

Amour et Transfert, Amour de transfert et amour du transfert, le dernier livre de Jean-Richard Freymann a été publié en Mars.

ÉDITORIAL…

Ne cédez pas sur le désir de l’autre…

Jean-Richard Freymann

7 avril 2020

En cette période de confinement, la position du psychanalyste est difficile. En plus de la menace du COVID 19 qui pèse, l’épidémie renvoie chacun au risque de mort effective, pas seulement aux fantasmes et croyances concernant la place de la mort réelle.

Pour tous ceux qui ont été touchés, ceux qui ont perdu l’un de leurs proches et à ceux qui ont été épargnés, je leur dis, suivez les instructions données… et gardez vos distances.

Ce qui m’a frappé pourtant dans le paysage médiatique, c’est qu’on donne beaucoup la parole aux médecins, aux religieux, aux psychologues, mais très peu aux psychanalystes.

Quant à moi je n’ai pas accepté certains interviews qui me semblaient prématurés sur les « effets psychiques du COVID 19 » en regard de ma pratique. Les problèmes étant fort différents si l’on se situe dans des cures analytiques déjà entamées avec du transfert en place et des patients qui ont pris contact premièrement. Il m’a fallu me résoudre à passer du « divan » et du « face à face », au pur téléphone et/ou aux images par Skype ou WhatsApp.

Grande a été ma surprise de constater que la situation analytique n’a pas pour autant été détruite. Les « choses de la vie » se poursuivent au sens de la Règle fondamentale… et que Ça parle. J’ai été étonné qu’une majorité de patients préfèrent le pur téléphone plutôt que l’ « image skypée ». J’ai un semblant de réponse à ce choix – que j’étudierai une autre fois – qui correspond à la spécificité de cette image restituée par l’ordinateur ou le téléphone. L’ « image skypée » n’est pas une image spéculaire ni a spéculaire (à suivre)…

Je n’insisterai jamais assez pour dire à nos collègues qui se reconnaissent dans l’analyse de ne pas laisser tomber leurs patients, leurs analysants, leurs malades… et de se mettre à disposition de l’autre dans cette ère de tournant.

Que devient l’inconscient freudien quant le Moi et la conscience sont mis à rude épreuve ?

À suivre, ne confondons pas les temps…

Soyez éthiques, faites offre à ceux qui vous parlent de venir « durcharbeiten » (de perlaborer), quels que soient leurs moyens.

Une offre est souvent vitale quand le réel se déchaîne !

 

 

ÉDITORIAL…

rédigé par Jean-Richard Freymann

le 19 mars 2020

Le nouvel annuaire de la FEDEPSY  se prépare, voici l’édito

 

Il est grand temps…

Savez-vous que ANNUAIRE est dérivé d’une forme latine tardive, contamination du latin annarius par annuus. Le mot a été créé comme nom pendant la Révolution. La première publication annuelle portant ce nom a concerné la Météorologie (1792) où il s’agissait d’un recueil de nature administrative et économique.

Mars 2020, nous ajoutons une nouvelle signification à l’annuaire 2020-21 de la FEDEPSY, celui de la révolution sociale par le Coronavirus ! Il s’agit certainement de l’annuaire d’une fin d’un monde.

Dès que surgit l’élément « ANA » nous touchons à trois sémantismes fort utiles pour le psychanalyste : « de bas en haut », « en arrière ou en sens inverse » et « de nouveau ». Et voilà que va surgir un composé usuel comme « analyse ». Ne passez pas à côté de « anachorète » « anagogique », « anaglyphe »,  « anastomose », sans oublier « anagramme » et « l’analytique ». Qu’est-ce « Un remède qui rétablit les forces »[1] ?

Ce remède d’annuaire des analystes ne sera pas en trop cette année pour redonner le goût de vivre, alors que chacun risque de perdre sa vie.

Alors, en notre monde si prévisionnel, voilà que le hasard, la Tuké nous tombe dessus.

On s’en souviendra de cet annuaire !

 

Cette FEDEPSY tient la distance… plus de 20 ans ont déjà été traversés et voici que toutes les générations de psychanalystes y sont encore présentes.

J’avais été fasciné dans mes jeunes années par une phrase de Georges Brassens : « Quand je cherche les amis, je regarde le gazon ». À présent cette phrase me semble éculée : l’amitié mélange les générations, à condition de ne pas les confondre et de faire un peu avec son « hainamoration ».

Nos amis de toutes les générations sont présents dans ces pages qui récapitulent ce que chacun a semé, au-delà des « pampres qui n’ont pas fleuris » (cf. Moustapha Safouan dans Études sur l’oedipe, de Lucien Israël à Serge Leclaire, de Jean-Claude Schaetzel à Nicolle Kress-Rosen… Chacun reconnaîtra ses dettes, ses amours, son passé.

En cette période de « confinement obligatoire » on mesure peut-être ce qu’a été la liberté… Quand en plus on prend conscience des fondations auxquelles on a contribué, on pleure un peu sur ses ratages et tout ce que l’on aurait pu éviter, les amis qu’on a perdus. Mais il est un message qui nous enserre : le « désir de durer » nous mène par le bout du nez et les anneaux que l’on a mis aux doigts laissent quelques cicatrices et cénotaphes que l’on ne peut plus effacer.

Bravo à toutes ces jeunes générations qui ont pris le relais dans la FEDEPSY et à tous ceux qui poursuivent de manière a-temporelle l’a-temporalité de l’inconscient freudien.

[1]Le Robert, Dictionnaire historique de la Langue Française, p. 126.

Pour tout renseignement concernant le fonctionnement de la FEDEPSY utiliser le lien du site ou l’adresse mail fedepsy@wanadoo.fr ou tél. 03 88 35 24 86

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