DEUIL

Nous avons la tristesse de faire part du décès de Moustapha Safouan (1921-2020). Il a été un des élèves les plus connus de Jacques Lacan. Il a traduit la Traumdeutung en arabe et il a formé nombre de psychanalystes, surtout à Strasbourg où il avait été adressé comme didacticien.

Il a écrit de nombreux ouvrages et fait avancer la théorie psychanalytique. Une fois à Paris, il a participé à tous les travaux du mouvement psychanalytique, et ce jusqu’aux derniers moments.

À Strasbourg, nous préparerons plusieurs journées – après le confinement – pour rendre compte de son œuvre marquante pour toute personne souhaitant se repérer dans la psychanalyse et la philosophie.

Il a été avec Jacques Lacan, Lucien Israël, Jean Clavreul, Jean-Pierre Bauer, Marcel Ritter, Jean-Marie Jadin et Michel Patris ceux qui m’ont marqué dans ma formation.

Proposons trois de ses ouvrages :

  • Malaise dans la psychanalyse – Le tiers dans l’institution et l’analyse de contrôle, (co-auteurs P. Julien et C. Hoffmann), Éditions Arcanes, 1995.
  • Études sur l’Oedipe. Introduction à une théorie du sujet,Paris, Seuil, 1974
  • La psychanalyse. Science, thérapie – et cause, Édition Thierry Marchaisse, 2013, réédition Folio, 2017.

Jean-Richard Freymann

J’ai demandé à mon amie Elisabeth Roudinesco de pouvoir publier son texte paru dans Le Monde numérique le 10/11/20 :

« Le psychanalyste Moustapha Safouan est mort

Traducteur de Freud en arabe et élève de Lacan, il est mort le 8 novembre, à l’âge de 99 ans. Cet érudit appartient à la troisième génération psychanalytique française qui a porté une attention constante à l’expérience clinique.

Par Elisabeth Roudinesco

Lacanien orthodoxe, travailleur infatigable, lettré, généreux, aimant la gastronomie, le plaisir de vivre et les femmes, grand lecteur de Freud et de Hegel, traducteur en arabe de L’Interprétation du rêve et de La Phénoménologie de l’esprit, Moustapha Safouan est mort le 8 novembre, à l’âge de 99 ans, à Paris. Il était né à Alexandrie, le 17 mai 1921 dans une famille de militants communistes proches du cercle d’Henri Curiel. Son père, qui enseignait la rhétorique et combattait l’analphabétisme, fut le premier secrétaire du premier syndicat ouvrier égyptien et fit de la prison pour ses idées.

Elevé selon des principes rationalistes, Safouan rêvait dès son adolescence de se rendre à Cambridge. Aussi poursuivit-il des études de philosophie tout en étudiant le grec, le latin, le français, l’anglais et l’arabe classique. C’est en 1940 qu’il découvre l’œuvre freudienne, à travers l’enseignement de Moustapha Ziwar, membre de la Société psychanalytique de Paris (SPP) et professeur à l’université, lequel lui conseille de se rendre, non pas en Angleterre, mais en France pour se former à la psychanalyse.

Elève fidèle de Lacan

Analysé par Marc Schlumberger entre 1946 et 1949, il rencontre bientôt Jacques Lacan qui deviendra son maître à penser et dont il sera l’un des élèves les plus fidèles. Il restera freudien tout en étant attaché à la lettre lacanienne – au structuralisme et à la logique du signifiant – ce qui le conduira d’ailleurs à considérer la psychanalyse comme un corpus immuable pouvant être commenté à l’infini, en dehors du contexte dans lequel elle a vu le jour. Paradoxe étonnant pour un homme qui, dans ses engagements, s’intéressait aux différences culturelles. Il formera de nombreux élèves au sein de l’Ecole freudienne de Paris (EFP), tant à Strasbourg avec Lucien Israël, son compagnon en lacanisme, qu’à Marseille en collaboration avec Jenny Aubry, sa grande amie.

Il faudrait que les peuples du monde arabo-islamique aient accès à une traduction du Coran dans une langue vernaculaire et non pas sacralisée

Connu et respecté dans le monde anglophone et latino-américain, et célèbre dans le monde arabe – où les freudiens sont rares –, Safouan est l’auteur d’une dizaine d’ouvrages portant sur la théorie, la doctrine et la clinique psychanalytique, publiés pour la plupart aux éditions du Seuil sous la responsabilité de son ami François Wahl : Etudes sur l’Œdipe (1974), La Sexualité féminine (1976), L’Inconscient et son scribe (1982).

, Dans son ouvrage Pourquoi le monde arabe n’est pas libre. Politique de l’écriture et terrorisme religieux (Denoël, 2008), traduit de l’anglais, il tente d’expliquer que pour sortir de la désespérance dans laquelle se trouvent les peuples du monde arabo-islamique, il faudrait qu’ils aient accès à une traduction du Coran dans une langue vernaculaire et non pas sacralisée.

« Par une imposture rarement égalée dans l’histoire politique de l’humanité, souligne-t-il, on s’est servi de l’ambiguïté de l’expression “successeur du Prophète” pour revendiquer le pouvoir absolu et mettre la religion sous la férule de l’Etat. Le résultat est un mode de gouvernement qui repose d’une façon intrinsèque, et non pas par accident, sur la corruption, la répression et la censure incarnée dans ladite politique de l’écriture. Tant que l’Etat réussit dans l’accomplissement de ses tâches, le régime théocratique paraît conforme à l’ordre des choses. Son échec ne donne pas lieu à une révolution mais à un terrorisme qui conteste sa légitimité même. De fait, les terroristes de notre époque appuient leur contestation sur un dogme meurtrier dont ils s’autorisent pour s’ériger en juges en matière de foi religieuse, s’octroyant ainsi un savoir que le Coran réserve expressément à Dieu. »

Transformation de la famille

Sur le plan clinique, son orthodoxie le conduisit à critiquer les transformations de la famille et notamment le mariage homosexuel et les procréations médicalement assistées. Il n’hésitait pas à affirmer que, dans la société occidentale, la psychanalyse risquait de disparaître au même titre que le complexe d’Œdipe dont il faisait le pivot inamovible de la pensée freudienne.

A la fin de sa vie, pessimiste et amer, il croyait dur comme fer que le père était en voie de disparition, réduit à un « objet partiel » ou à un « sperme » du fait de la « négation de l’union sexuelle » comme moyen de reproduction des êtres humains. Il redoutait le déclin de l’ordre familial et l’abolition du désir sexuel au profit d’une approche purement biologique de la sexualité humaine (intervention au colloque Espace analytique, 2017).

Reste que, par son enseignement, par la sympathie qu’il suscitait et par sa position politique très ferme contre l’islamisme radical, il aura acquis une aura particulière dans le monde psychanalytique international. Un vrai lacanien.

Moustapha Safouan en quelques dates

17 mai 1921 Naissance à Alexandrie (Egypte)

1974 Publie « Etudes sur l’Œdipe »

1976 Publie « La Sexualité féminine »

2008 Publie « Pourquoi le monde arabe n’est pas libre »

8 novembre 2020 Mort à Paris »

M. SAFOUAN Article Le monde E. ROUDINESCO

 

PERSPECTIVES
Je propose la mise en place de deux journées autour de l’oeuvre de Moustapha Safouan, en mai 2022 et mai 2023. Je voudrais préparer ces journées en collaboration avec les philosophies intéressés, les psychanalystes et les jeunes attirés par son oeuvre.

Pour ce faire, je vous invite à me contacter à l’adresse mail suivante : jeanrichardfreymann@gmail.com

Je me réjouis de cette perspective de travail.

Jean-Richard Freymann

 

Christian SIMATOS 

Membre d’honneur d’Espace analytique, où il animait un séminaire avec Marielle David, Christian Simatos est mort des suites du COVID à l’âge de 90 ans, en toute lucidité et avec ce courage que chacun lui connaissait. Psychiatre de formation, excellent clinicien, esthète et aimant participer à la vie de la communauté psychanalytique avec toujours la grâce et l’élégance qui le caractérisaient, il appartenait à la quatrième génération française, celle qui n’avait pas participé directement aux deux scissions de 1953 et 1964.

Analysé par Lacan en 1956, membre fondateur de l’Ecole freudienne de Paris (EFP) en 1964, puis secrétaire de 1969 à 1979, il y joua un rôle important, en recevant les candidats qui souhaitaient s’engager dans le lacanisme. Sa manière de leur poser des questions est restée dans toutes les mémoires et je me souviens de l’accueil qu’il me réserva en 1969, quand Lacan me demanda de lui rendre visite pour les « formalités ». Il voulait savoir pourquoi, n’étant à cette époque ni en analyse ni même désireuse de devenir psychanalyste, je m’intéressais aux travaux de l’EFP et de quelle manière je comptais y participer. Et au bout de quelques minutes, devant mon embarras, il me dit : « Oui, le docteur Lacan compte sur des adhésions comme les vôtres ». Et nous parlâmes du structuralisme.

A la suite de la dissolution de l’EFP, dont il conservait un souvenir vivace, il participa, en 1990, au lancement de l’Association pour une instance de la psychanalyse (APUI), auprès de Serge Leclaire. Comme celui-ci d’ailleurs, il faisait partie des rares cliniciens qui s’intéressaient à l’histoire du freudisme et à ses origines, lecteur émerveillé de l’ouvrage de Henri Ellenberger, Histoire de la découverte de l’inconscient, et toujours en quête de nouveaux savoirs. C’est avec une grande générosité qu’il m’ouvrit ses archives, en 1985, me donnant ainsi accès à de précieux documents qui me permirent d’écrire l’histoire de l’EFP.   Voici comment, en 2016, il définissait l’entrée de l’inconscient dans le processus de la cure : « Imaginez une pièce de théâtre jouée par des comédiens qui tiennent leur rôle, mis à part l’un d’eux, celui-là se tenant sur le plateau sans qu’on puisse lui reconnaitre le moindre rôle. Il habite la scène et il l’habite d’autant plus qu’on se demande ce qu’il y fait, sinon s’y poser en énigme. Ce que disent les comédiens, et ce qu’en entendent les spectateurs, est du même coup problématisé, les paroles inscrites dans le livret résonnent au-delà du texte écrit, en laissant au gré de chacun s’introduire une incertitude quant à ce qui est réellement signifié. »

Elisabeth Roudinesco

 

ÉDITORIAL

Jean-Richard Freymann

Président de la FEDEPSY 

22 octobre 2020

Quand il n’y a plus de civilisation

– Où est passé le mot d’esprit ? –

 

Nous avons à présent dépassé les « Malaises dans la civilisation » et je n’ai pas dit « Malaises dans la culture ».

L’ère n’est pas seulement dans l’épidémie mais nous venons de dépasser les limites de l’horreur : on décapite Samuel Paty, un humain, un enseignant, un citoyen, un participant aux efforts de reconquête de l’humanisation. On va plus loin que les peuples dits primitifs chez Freud qui se référait à Frazer… Même les cannibales n’arrachent pas l’humanité sans rituels et sans totems.

Tout cela a été dit avec une attente miraculeuse du politique qui jamais n’avance ni se résoud.

L’heure est aussi pour le psychanalyste de jouer son rôle face à la « désociétisation ».

« Pourquoi la guerre ? » s’évertuait Einstein après avoir inventé la bombe atomique … L’institut psychanalytique de Berlin est devenu un institut de psychothérapie, dirigé par le neveu de Goering…  Combien d’années d’emprisonnement pour Nelson Mandela pour pouvoir venir sur la scène ?…

La liste des ouvertures créatrices qui ont été payées par des massacres, la Shoah, par des génocides serait fort longue.

Et où sont passés les psychanalystes ? Souvent dans une guerre intime ou dans quelque institution. Et aujourd’hui peut-être peut-on inverser les propos de Freud quant aux métiers impossibles : gouverner, éduquer, psychanalyser, soigner… et vous pouvez en rajouter.

On a perdu en cette nouvelle ère la dimension de la « FORT MASSE ON » – de la  Formation. À savoir on a réussi à créer dans la République un culte de la médiocrité, ou pire de la « moyenneté », du « tiédisme ».

– Qui aujourd’hui a une formation politique ?

– Où sont passés les enseignants pionniers ?

– Qui ose parler de différents niveaux de pédagogie ?

– De plus on utilise le plus souvent la psychanalyse comme une technique et non pas comme « Techné », un art : une affaire de sujet, de Ichspaltung.

Les analystes ont une solution, elle s’appelle individualisation, singularisation, particularisation… et, au passage, Freud nous a appris à travailler avec les pulsions de mort, ce qui est autre chose que l’assassinat, le meurtre, les règlements de compte, le massacre.

Que dit l’éthique de l’inconscient ? Apprends à faire avec ta haine pour créer de nouveaux mots !

La question qui reste à traiter, malgré les horreurs, est comment enseigner la capacité au mot d’esprit et à la caricature… Et face à ce nouvel effroi sanglant, aucun deuil n’est possible.

– Osons la mélancolie de Dürer –

 

Indication bibliographique : « Freud s’amuse » in Charlie Hebdo – Caricature mode d’emploi, HS n°20H, nov-dec 2019 – janv 2020 (p.54)

 

Après échanges entre Jean-Richard Freymann, Frank Hausser et le Président de l’Université de Strasbourg, nous avons convenu de publier ici le texte adressé à tous les personnels de l’Université le 20 octobre 2020.

 

«  Chers étudiants, chères et chers collègues,

De nombreux rassemblements ont réuni des milliers d’entre nous, et des minutes de silence ont été organisées en de nombreux endroits du campus universitaire hier lundi. Au lieu de provoquer un début de résilience, ils ont, au contraire, encore fait monter la colère à mesure que des témoignages d’enseignants venaient briser le silence sur une réalité sourde qui, en certains endroits, est en train de saper les fondements de l’école de la République. L’horreur que nous a inspiré l’acte barbare de l’assassinat de Samuel Paty dévoile le profond malaise qui se vit dans trop de classes de nos écoles. Il nous faut aujourd’hui prendre conscience de ce que signifie cet assassinat.

C’est qu’on s’en est pris à un professeur d’histoire et de géographie dans un établissement scolaire de la République. Des parents d’élève et un prédicateur fondamentaliste ont prononcé une « fatwa » contre un professeur accusé d’insulter une religion. Cet « attentat islamiste caractérisé », selon les termes du président de la République, revêt l’horrible dimension d’une violence symbolique contre les valeurs qui fondent la France. Les commanditaires n’en sont pas une organisation terroriste extérieure, mais vivent au cœur même de notre pays.

La décapitation est une exécution ; elle se réclame d’un ordre supérieur qui prétend imposer sa loi au-dessus de celle des hommes. Quelque chose d’inquiétant, de sourd, nous éclate au visage. Notre République est en danger. Ne nous voilons pas la face. La banalité du mal fait son lit sur la misère sociale. La mort de Samuel Paty libère une parole qui nous interpelle et nous inquiète : beaucoup de professeurs des écoles, des lycées et des collèges témoignent, depuis, qu’ils sont tentés de pratiquer l’autocensure et vivent dans la peur. À leurs témoignages, de plus en plus nombreux, il faut se demander pourquoi ils ne se sentent pas protégés dans l’exercice de leur métier et leur mission d’intégration des élèves dans la République. Celle-ci, laïque et indivisible, n’est pas ennemie des religions ; elle organise et garantit la liberté de conscience de chaque citoyen.

Dans nos facultés, notre université forme les professeurs des écoles, des collèges et des lycées avec l’INSPE de l’académie de Strasbourg. À ce titre je veux d’abord vous exprimer, enseignants, chercheurs, personnels et étudiants de notre université, ma solidarité, mon estime et ma reconnaissance. Nos élèves-professeurs ne doivent pas entrer dans une salle de classe avec la peur au ventre. Si l’histoire et la géographie ou l’enseignement civique sont particulièrement exposés aux contestations en tous genres, aucune discipline n’est épargnée.

Nous ne devons plus accepter que soit dénigré le métier d’enseignant par qui que ce soit. Nous devons défendre nos « profs » plutôt que d’en faire les boucs émissaires pour tout ce qui cloche dans notre société. Puisqu’on rappelle, sur fond de terreur, qu’ils sont la pierre d’angle dans la construction de la conscience des citoyens dès le plus jeune âge, nous devons mieux les former et mettre à leur disposition les moyens de leur assurer l’exercice de leur métier sans craindre pour leur vie. Leur formation étant assurée dans l’université. Je mesure la responsabilité qui nous incombe à nous, universitaires. Nous devons armer tous nos étudiants contre les obscurantismes et les idéologies liberticides de tout acabit en les formant à l’esprit critique, à la démarche scientifique et au débat contradictoire.

Le lieu, choisi avec sa famille, où le président de la République rendra, demain mercredi, l’hommage de la Nation à notre collègue Samuel Paty est ô combien symbolique : la cour d’honneur de la Sorbonne, face aux statues de Louis Pasteur et de Victor Hugo, où depuis 800 ans reste vivante en France la liberté de conscience et de pensée. Ce lieu symbolique met l’université au cœur de ce combat pour les valeurs que nous voulons faire vivre. Avec Jean Cavaillès et Marc Bloch notre université, médaillée de la Résistance, démontre qu’on n’assassine pas la liberté de pensée. »

Michel Deneken

Président de l’Université de Strasbourg

 

ÉDITORIAL…

D’un confinement sans fin!

Bonnes vacances d’un type nouveau !

Jean-Richard Freymann

23 juillet 2020

Après le confinement, puis le déconfinement, on nous sert à présent la dimension de la menace de Re-confinement.

Au temps du confinement, le commun des mortels était pris dans la dimension de la peur – Peur du virus – Peur de la mort – Peur des séquelles…et de manière semi-paradoxale, ceux qui suivaient un travail par la parole, ont pu traverser les choses dans un temps de Durcharbeitung qui a permis de franchir ce réel marqué de menaces actives.

Dans Ephémérides (1 à 10) les auteurs ont souligné les modifications théoriques qui s’opéraient à l’insu : place de l’imaginaire, la déspécularisation, la force d’une image non trouée, une parole transformée, un langage automatisé, un accrochage univoque au leadership gouvernemental. Et la fonction des mensonges et la répétition des slogans – le rapport à la science qui s’opéraient dans le doute…

Toutes ces pistes se doivent d’être retravaillées dans l’après-coup… et nos penseurs de la FEDEPSY ne s’en priveront pas !

A la suite de l’épidémie qui se poursuit, les ressorts de la psychanalyse vont se modifier. Comment le rapport à la langue se modifie, d’une génération à l’autre, avec les effets du réel ?

Avec l’épidémie, nous avons renoué avec les soubresauts de l’humanité. Regardez la Bible ou l’histoire de l’Empire romain…les épidémies ont scandé la genèse de la civilisation.

L’épidémie de coronavirus est venue donner mondialement des coups de butoirs dans le délire scientifique de la civilisation actuelle. A savoir que s’est levé pour un temps, le déni de la mortalité humaine : le fantasme d’immortalité. La modernité et les progrès scientifiques du XXe siècle ont fonctionné sur ce déni de la mortalité repoussée, à savoir bien la perspective d’une immortalité possible. Le virus incompréhensible et intraitable est venu suspendre l’idée progressiste, malgré les scientifiques.

On peut se demander alors comment la « castration singulière » peut se repérer dans cette privation collective ? Qu’est-ce que la clinique psychanalytique restitue de ces généralités collectives et persistantes.

En France (entre autres), la période du CONFINEMENT a été branchée sur la question de la peur du virus, peur d’un objet à la fois matérialisé et dématérialisé : un objet énigmatique et (pour l’instant) indéchiffrable. Et le déconfinement a été marqué par le retour de l’angoisse libre. A savoir une crise de vide, d’agressivité, de violences et d’insatisfactions. La peur est quelque chose de la création de consistance d’un lien confiné. L’angoisse est dissociante et schizante, le désir reste en suspens.

Ceux qui n’ont pas été terrorisés par l’épidémie, ont réussi à créer des lieux de parole qui ont été utiles aux « gladiateurs du virus ». Nombre de membres de la FEDEPSY ont réintroduit de nouveaux sens à la psychanalyse en extension : avec les urgentistes, les réanimateurs, les hospitaliers, les enseignants, en dessinant des espaces tiers hasardeux…

Bonnes vacances à chacun et à la rentrée, vivace !

Réunion de rentrée

FEDEPSY-GEP-EPS-APERTURA-CAFER (présentation des activités)

Mercredi 16 septembre – 20h (par ZOOM)

inscription par mail à fedepsy@wanadoo.fr

Confinement, déconfinement et nouveautés

En ces temps si particuliers, les membres de la Fedepsy continuent à être présents…
  • pour des consultations ou séances, à distance ou « présentielles » : vous trouverez toutes nos coordonnées dans le nouvel annuaire de la Fedepsy
  • par l’éphéméride, qui se veut lieu de rencontres de textes et réflexions, invitation au dialogue et aux échanges : lisez-nous, répondez-nous, écrivez-nous ?…
  • par des ouvertures vers le champ artistique, échappées que nous vous souhaitons belles (dans l’éphéméride)
  • par la poursuite des séminaires en visioconférence et vidéo : rendez-vous le 12 juin pour la prochaine séance du séminaire de Jean-Richard Freymann « Traumatismes, fantasmes, mythes » (Inscription : fedepsy@wanadoo.fr)
  • ouverture du groupe Facebook et de la page LinkedIn de la Fedepsy
  • création de notre chaîne YouTube : assistez en différé aux dernières séances du séminaire « Fantasmes et mythes »

 

LECTURES

Le confinement se poursuit et nous savons que vous êtes toutes et tous mobilisés, personnellement et professionnellement, par cette situation inédite et particulière que nous vivons aujourd’hui et qui aura des échos bien après le 11 mai… Ce temps peut être propice à des lectures afin de nourrir nos réflexions sur tous les sujets qui animent, « en temps normal », nos échanges durant les activités de formation que nous proposons.

En suivant ce lien  vous pourrez consulter la liste des ouvrages que nous mettons à votre disposition (collection « Hypothèses » éditée par Arcanes-érès, collection éditée par Arcanes) et éventuellement vous procurer les livres qui vous intéressent. Les livres de la collection Arcanes dont vous pourrez lire une courte présentation sont en promotion tout comme les numéros de la revue Apertura.

Amour et Transfert, Amour de transfert et amour du transfert, le dernier livre de Jean-Richard Freymann a été publié en Mars.

ÉDITORIAL…

Ne cédez pas sur le désir de l’autre…

Jean-Richard Freymann

7 avril 2020

En cette période de confinement, la position du psychanalyste est difficile. En plus de la menace du COVID 19 qui pèse, l’épidémie renvoie chacun au risque de mort effective, pas seulement aux fantasmes et croyances concernant la place de la mort réelle.

Pour tous ceux qui ont été touchés, ceux qui ont perdu l’un de leurs proches et à ceux qui ont été épargnés, je leur dis, suivez les instructions données… et gardez vos distances.

Ce qui m’a frappé pourtant dans le paysage médiatique, c’est qu’on donne beaucoup la parole aux médecins, aux religieux, aux psychologues, mais très peu aux psychanalystes.

Quant à moi je n’ai pas accepté certains interviews qui me semblaient prématurés sur les « effets psychiques du COVID 19 » en regard de ma pratique. Les problèmes étant fort différents si l’on se situe dans des cures analytiques déjà entamées avec du transfert en place et des patients qui ont pris contact premièrement. Il m’a fallu me résoudre à passer du « divan » et du « face à face », au pur téléphone et/ou aux images par Skype ou WhatsApp.

Grande a été ma surprise de constater que la situation analytique n’a pas pour autant été détruite. Les « choses de la vie » se poursuivent au sens de la Règle fondamentale… et que Ça parle. J’ai été étonné qu’une majorité de patients préfèrent le pur téléphone plutôt que l’ « image skypée ». J’ai un semblant de réponse à ce choix – que j’étudierai une autre fois – qui correspond à la spécificité de cette image restituée par l’ordinateur ou le téléphone. L’ « image skypée » n’est pas une image spéculaire ni a spéculaire (à suivre)…

Je n’insisterai jamais assez pour dire à nos collègues qui se reconnaissent dans l’analyse de ne pas laisser tomber leurs patients, leurs analysants, leurs malades… et de se mettre à disposition de l’autre dans cette ère de tournant.

Que devient l’inconscient freudien quant le Moi et la conscience sont mis à rude épreuve ?

À suivre, ne confondons pas les temps…

Soyez éthiques, faites offre à ceux qui vous parlent de venir « durcharbeiten » (de perlaborer), quels que soient leurs moyens.

Une offre est souvent vitale quand le réel se déchaîne !

 

 

ÉDITORIAL…

rédigé par Jean-Richard Freymann

le 19 mars 2020

Le nouvel annuaire de la FEDEPSY  se prépare, voici l’édito

 

Il est grand temps…

Savez-vous que ANNUAIRE est dérivé d’une forme latine tardive, contamination du latin annarius par annuus. Le mot a été créé comme nom pendant la Révolution. La première publication annuelle portant ce nom a concerné la Météorologie (1792) où il s’agissait d’un recueil de nature administrative et économique.

Mars 2020, nous ajoutons une nouvelle signification à l’annuaire 2020-21 de la FEDEPSY, celui de la révolution sociale par le Coronavirus ! Il s’agit certainement de l’annuaire d’une fin d’un monde.

Dès que surgit l’élément « ANA » nous touchons à trois sémantismes fort utiles pour le psychanalyste : « de bas en haut », « en arrière ou en sens inverse » et « de nouveau ». Et voilà que va surgir un composé usuel comme « analyse ». Ne passez pas à côté de « anachorète » « anagogique », « anaglyphe »,  « anastomose », sans oublier « anagramme » et « l’analytique ». Qu’est-ce « Un remède qui rétablit les forces »[1] ?

Ce remède d’annuaire des analystes ne sera pas en trop cette année pour redonner le goût de vivre, alors que chacun risque de perdre sa vie.

Alors, en notre monde si prévisionnel, voilà que le hasard, la Tuké nous tombe dessus.

On s’en souviendra de cet annuaire !

 

Cette FEDEPSY tient la distance… plus de 20 ans ont déjà été traversés et voici que toutes les générations de psychanalystes y sont encore présentes.

J’avais été fasciné dans mes jeunes années par une phrase de Georges Brassens : « Quand je cherche les amis, je regarde le gazon ». À présent cette phrase me semble éculée : l’amitié mélange les générations, à condition de ne pas les confondre et de faire un peu avec son « hainamoration ».

Nos amis de toutes les générations sont présents dans ces pages qui récapitulent ce que chacun a semé, au-delà des « pampres qui n’ont pas fleuris » (cf. Moustapha Safouan dans Études sur l’oedipe, de Lucien Israël à Serge Leclaire, de Jean-Claude Schaetzel à Nicolle Kress-Rosen… Chacun reconnaîtra ses dettes, ses amours, son passé.

En cette période de « confinement obligatoire » on mesure peut-être ce qu’a été la liberté… Quand en plus on prend conscience des fondations auxquelles on a contribué, on pleure un peu sur ses ratages et tout ce que l’on aurait pu éviter, les amis qu’on a perdus. Mais il est un message qui nous enserre : le « désir de durer » nous mène par le bout du nez et les anneaux que l’on a mis aux doigts laissent quelques cicatrices et cénotaphes que l’on ne peut plus effacer.

Bravo à toutes ces jeunes générations qui ont pris le relais dans la FEDEPSY et à tous ceux qui poursuivent de manière a-temporelle l’a-temporalité de l’inconscient freudien.

[1]Le Robert, Dictionnaire historique de la Langue Française, p. 126.

Pour tout renseignement concernant le fonctionnement de la FEDEPSY utiliser le lien du site ou l’adresse mail fedepsy@wanadoo.fr ou tél. 03 88 35 24 86

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