Éditorial

Martin Roth

Septembre 2019

« Étudier sans réfléchir est vain,

mais réfléchir sans étudier est dangereux. »

Confucius

 

Qu’est-ce que la psychanalyse ? Cette question insiste. Les différents pôles de travail que propose la FEDEPSY la mettent en tension et permettent ainsi d’en laisser germer de nouveaux fruits.

La psychanalyse est symptôme : elle lie la rencontre d’une résistance, celle d’une réponse « totale » et « définitive » à cette question, et d’un désir, divisé et persistant, le désir du psychanalyste. Ceci ne fait pas réponse, le symptôme mettant en forme la question.

Abordons cette question de biais. L’évoquer relâche les résistances. Comment se transmet la psychanalyse ? Elle est intransmissible, disait Lacan… Avant lui, Freud avançait que psychanalyser est un métier impossible. Et pourtant nous rencontrons, parfois, un analyste qui en a la praxis. Merci donc à ceux qui ne s’arrêtent pas à l’impératif d’un aphorisme mais en déploient bien plutôt les ressources en continuant de lire et d’interpréter. Le chemin est ouvert, mais il reste à ouvrir, nous dit le poète. Frayons alors ce chemin en réinventant la psychanalyse.

Ainsi nous avançons avec notre question : qu’est-ce que la psychanalyse aujourd’hui ? La psychanalyse reste symptôme de son temps.

Ré-inventer, pour peu j’allais écrire réinterpréter, tant l’interprétation est acte d’invention. Il s’agit donc d’un retour aux textes, d’une réinterprétation de nos textes et concepts fondamentaux en partant de la pratique clinique. Car, pas d’invention ex nihilo. « Ex nihilo, nihil », – de rien, rien –, disaient les Grecs. C’est d’un ancrage, celui de la structure du langage avant tout, que nous partons, pour le tordre, le déplacer, et constamment le reconquérir. Langage de l’analysant, langage de l’analyste. Si la psychanalyse relève de prime abord d’une tradition orale, le psychanalyste ne peut pas négliger la fonction de l’écrit et de l’écriture. « Il y a sûrement de l’écriture dans l’inconscient », disait Lacan, mais cette écriture ne s’approche que par la parole. Encore faut-il reconnaître l’inconscient comme dynamique, comme mouvement. La parole porte la marque de cette écriture : lorsqu’un sujet en analyse parle, transparaît la détermination inconsciente de cette parole qui donne une place déterminée au sujet. Mais cette détermination n’est pas déterminante, prédicative, car la parole porte le potentiel d’une création. La FEDEPSY propose plusieurs lieux pour travailler ces questions de la création en analyse et en art. Création en intention dans l’énigme de nos cures, et création en extension en s’inspirant des apports du théâtre, de la poésie, de la littérature, de la peinture…

Il est essentiel de mettre en chantier la fonction du dit et de l’écrit : quels rapports entretiennent-ils ? Qu’enseigne l’écriture à l’analyste ? Relisons donc tout autant nos textes fondamentaux que les dires de nos patients. Poursuivons ce travail en écrivant de nouveaux textes sur la pratique analytique de nos jours. Ceux-ci en retour seront interpréter. La transmission de l’analyse, qui n’existe pas et pourtant qui est si fonctionnelle, passe par ces relectures et ces réinterprétations croisées des paroles de patients et des mots des textes. Mais il ne s’agit pas seulement d’une acquisition de connaissances, tout comme nous le signifie cette courte histoire : Un élève, après avoir lu et relu le Talmud, trouve son maître et lui annonce fièrement : « j’ai traversé tout le Talmud ! » Et son maître de répliquer : « Oui, mais est-ce que le Talmud t’a traversé ? »

La psychanalyse est avant tout une voie singulière, subjectivante, celle qui se réveille par une analyse, celle qui se trace par une analyse, celle qui s’oublie par une analyse. Seul avec l’analyste, seul avec votre Autre, votre hôte. Elle se prolonge dans un travail où l’autre reste nécessaire bien qu’il ne soit plus l’écoute analytique. C’est un travail à plusieurs, en collectif. Mais le collectif, le social, le discours sociétal est mis à toutes les sauces pseudo-analytiques. Nous rencontrons aujourd’hui certains discours qui disent partir de la cure psychanalytique pour expliquer le social. L’analyste n’a rien à expliquer, il signifie. De plus, en croyant poursuivre les grandes études de Freud autour de la culture, la civilisation (Malaise dans la culture, Totem et tabou etc.), ces discours les rendent stériles. En effet, ils laissent surtout place à un discours sociologique qui viendrait éclairer le psychisme de l’homme. Mais ils en oublient la mise en garde de Lacan : « À le dénoncer, je le renforce. » Ils participent à faire consister ce qu’ils dénoncent !

Et pourtant nos pratiques mettent en exergue certaines saillies efficientes des discours dans lesquels nous baignons. Comment en rendre compte ? Quel discours le psychanalyste peut-il tenir dans la société sans que celui-ci soit politique, sociologique, psychologique, explicatif etc. ?

Le groupement d’études psychanalytiques (G.E.P.) permet ce travail à plusieurs. Par les séminaires, cartels, lieux de rencontres etc. qu’il met en place, chacun peut, parallèlement à son travail singulier, exposer ses recherches et découvertes cliniques, proposer ses élaborations, déployer un des points cruciaux de la psychanalyse qu’il contribue à faire vivre. Pourquoi se morfondre sur l’avenir de la psychanalyse ? C’est dans le présent qu’il se constitue ! Le G.E.P réinvite le transfert de travail comme moteur fructueux de l’avancée des théories analytiques : « Le discours analytique c’est le lien social déterminé par la pratique d’une analyse », disait Lacan. Souvenez-vous des élaborations freudiennes : elles provenaient des rencontres cliniques et des échanges avec Fliess, Jung, Ferenczi, Abraham etc. Ici, le transfert est messager entre pratique et théorie. Et c’est ce qui fait la pertinence de notre champ. Encore faut-il pouvoir s’exposer ! L’analyste ne s’en inquiète pas : il ex-pose, il pose un discours hors de soi, sujet de ses signifiants. Discours fait de mots qu’il peut perdre pour les accueillir autrement.

Initiée par la journée du G.E.P, la rentrée se place sous l’égide d’un gai savoir. L’étude est ici rencontre de la praxis et de la théorie. Elle est aussi perlaboration de l’une et l’autre. Renouvellement de l’une par l’autre. La préparation du VIe congrès de la FEDEPSY, « Traumatismes et mythes », est une mise en acte de cette étude. L’analyste, funambule entre intention et extension, questionnera les temps mythiques dans ses rapports avec l’actuel de la psychanalyse. Il ouvrira également le dialogue avec les philosophes, sociologues, ethnologues, linguistes etc. Non pas pour une uniformisation des discours mais, bien au contraire, pour revenir et poursuivre sa fonction sine qua non : laisser place à l’inouïe de la parole.

Pour tout renseignement concernant le fonctionnement de la FEDEPSY utiliser le lien du site ou l’adresse mail fedepsy@wanadoo.fr ou tél. 03 88 35 24 86

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