ÉDITORIAL

L’inconscient est-il un combat ?

Jean-Richard Freymann

16 août 2016

Combien de personnes doivent leur survie psychique à la psychanalyse et à ses « dérivations » ? Jamais nous le saurons. Mais à cultiver le particulier et la singularité, l’évocation de la question du Sujet, du Moi, de l’Ego permet à beaucoup de vivre, voire de survivre.

L’inconscient freudien prend souvent des formes « mœbiennes », d’un côté des libérations symptomatiques, des respirations de l’angoisse, de l’autre le danger des matières explosives, le risque des confrontations aux pulsions et le souhait affolé d’actes désirants qui ne sied pas à l’entourage.

La psychanalyse freudienne, voire les psychothérapies par la parole sont passées de mode dans la palette des thérapeutiques « in the wind » : celles autour de la suggestion hypnotique et celles des denrées quelque peu mystiques. Tout ce qui correspond si bien au langage ambiant : on répare pour un temps, on médicalise parfois sans trop connaître les produits, on obéit aux protocoles…

Je ne pense plus aujourd’hui que dans le temps : « c’était bien mieux », qu’auparavant on rêvait de faire naître du désir inconscient et qu’aujourd’hui tout n’est que « jouissance », atrocités, déchaînements pulsionnels.

Certes aujourd’hui, les « praticiens du psy » ont à se positionner au moins avec une double nosographie : notre classique nosographie psychanalytique (qui repose sur des mécanismes psychiques complexes) et sur les DSM IV et V qui se sont désarticulés le plus souvent de la clinique psychiatrique si nuancée.

Tant que l’on respecte le « colloque singulier », les dynamiques de la consultation et ce qu’est une situation analytique, chaque patient, voire chaque malade garde une chance d’évoluer dans sa propre destinée quelle que soit son origine. Mais encore faut-il que le psychanalyste, le psychiatre, le psychologue, l’éducateur, l’infirmier ait quelques outils pour s’y confronter. Cela a toujours été le souci surtout au sein de la FEDEPSY, auquel s’ajoute celui de la place de la pratique et de la praxis à Strasbourg et dans l’Est.

Par chance, la transmission a permis que les enseignants de nos régions soutiennent ce pari : ne pas céder sur les formations à la praxis.

Les générations se poursuivent et après des périodes de vide conceptuel, une nouvelle génération surgit qui est prête à prendre le relais, à condition pourtant que les anciens ne jouent pas les « anciens combattants mélancoliques ».

Pourquoi ce discours positif, voire optimiste alors que tout porte à la panique, aux méfaits de l’hypnose collective et du mimétisme, que l’arbitraire (apparent) prévaut et que l’on tue le tout-venant… ? C’est que nous payons certainement sociétalement des erreurs considérables du passé et la plupart des pays sont dans une inadaptation considérable à accueillir rigoureusement des nouveaux-venus.

Mais, même si la « guerre s’est généralisée », si chacun peut craindre pour les générations à venir, la société aura (encore) de plus en plus besoin de « psy » de tous bords. Au moins faut-il repenser l’ensemble de nos formations : celles du psychanalyste qui se doit de soutenir une éthique du désir, du psychiatre qui doit aussi (!) apprendre les différents niveaux de la parole, du psychologue qui doit injecter dans la société différentes théories en acte. Donc recréer une épistémologie contemporaine de la praxis.

Et dorénavant nous allons aussi ouvrir des formations à tous les médecins institutionnels et privés, ainsi qu’aux paramédicaux, en actualisant pour le monde contemporain si dégradé, la formulation de Jacques Lacan :

« Ce que la psychanalyse nous enseigne, comment l’enseigner ?1 ».

1Jacques Lacan, « La psychanalyse et son enseignement » in Écrits, p. 459

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